Travail en Afrique de l’Ouest : L’Oit brise le silence sur l’ampleur du harcèlement
2026-03-07 - 13:18
Un nouveau rapport de l’Organisation internationale du travail (Oit), intitulé «Rendre visible l’invisible», révèle des chiffres alarmants sur la violence et le harcèlement au travail au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire et au Sénégal. Entre pressions psychologiques et violences physiques, plus de la moitié des travailleurs de certains de ces pays sont touchés, poussant l’organisation à appeler d’urgence à la ratification de la Convention n°190. Le constat est sans appel : la violence au travail n’est pas une exception, mais une réalité quotidienne pour des millions de travailleurs en Afrique de l’Ouest. Selon les recherches multidisciplinaires menées par l’Oit entre 2022 et 2024, le Sénégal enregistre le taux de prévalence le plus élevé, avec 65% des travailleurs ayant subi au moins une forme de violence au cours de leur carrière, suivi de la Côte d’Ivoire (58%) et du Burkina Faso (43%). Et la dimension psychologique devient une violence omniprésente. Loin des clichés de la seule agression physique, c’est le harcèlement psychologique qui domine largement le paysage professionnel. Il touche 60% des travailleurs au Sénégal et plus de la moitié en Côte d’Ivoire. Le rapport met également en lumière une disparité de genre marquée : chez les hommes, la violence physique est plus fréquente, souvent causée par des supérieurs ou des collègues en raison de la pression et d’une mauvaise organisation du travail. Alors que les femmes sont plus exposées à la violence et au harcèlement d’ordre sexuel (jusqu’à 20 % en Côte d’Ivoire). Les auteurs sont ici majoritairement des tiers tels que des clients ou le public. Un impact dévastateur sur la santé et la productivité Les conséquences de ces actes ne s’arrêtent pas à la porte de l’entreprise. L’Oit souligne un impact majeur sur la santé mentale, particulièrement au Burkina Faso où 50% des victimes rapportent des niveaux accrus de dépression, d’anxiété et de stress. Sur le plan professionnel, cela se traduit par une baisse de la productivité, de l’absentéisme et une perte de motivation généralisée. Le mur du silence Malgré la gravité des faits, plus de 40% des victimes choisissent le silence. Lorsqu’elles se confient, 75% d’entre elles se tournent vers la famille et les amis, tandis que seulement 5% sollicitent des structures formelles. Au Sénégal, 63% des victimes ne signalent pas les faits, car elles estiment qu’ils ne sont «pas suffisamment sérieux», à quoi s’ajoutent la peur de perdre son emploi et la crainte de la stigmatisation. Pour remédier à cette situation, l’Oit organise une conférence de presse virtuelle le 9 mars 2026, afin de présenter ses 12 recommandations clés. Celles-ci s’articulent autour de trois axes : une approche inclusive intégrant la dimension de genre, la prévention via une culture de «tolérance zéro» et la protection et le recours, par la mise en place de mécanismes de signalement sécurisés et anonymes. L’objectif ultime demeure la ratification et la mise en œuvre effective de la Convention n°190 de l’Oit par les Etats concernés, afin de garantir un monde du travail décent et sécurisé pour tous.