Stratégie – Santé de la reproduction : Vers une meilleure inclusion des personnes handicapées
2026-03-07 - 13:18
Au Sénégal, l’absence de données statistiques fiables entrave la prise en charge médicale des personnes en situation de handicap. Pour corriger cette invisibilité dans les registres sanitaires, la Direction de la santé de la mère et de l’enfant (Dsme), en partenariat avec l’Ong Humanity & Inclusion, a initié un atelier de formation sur l’outil international «Washington Group». L’objectif : transformer la collecte de données pour bâtir un système de santé plus inclusif. Par Amadou MBODJI – Le constat est sans appel : dans la majorité des structures sanitaires du Sénégal, les outils de collecte de données ignorent la dimension du handicap. «Il n’y a pas de colonne permettant d’identifier les personnes handicapées qui fréquentent les services de santé, à l’exception de certains services de reproduction», déplore Khady Ndao, cheffe de projet Santé de la reproduction chez Humanity & inclusion avec l’outil «Washington Group» pour briser l’invisibilité. Pour pallier ce manquement, un atelier de deux jours réunit depuis jeudi les agents de la Division de la santé de la mère et de l’enfant. Cette session de formation porte sur l’outil «Washington Group», une méthode de questionnement standardisée au niveau international. Selon Khady Ndao, l’enjeu est double : «Il s’agit de capaciter le personnel, mais aussi de mener un plaidoyer auprès de la direction pour adapter les outils de collecte du ministère de la Santé. Sur le terrain, nous peinons à obtenir des chiffres précis car les registres de consultation actuels ne sont pas inclusifs.» Un fossé statistique alarmant Les chiffres actuels révèlent une anomalie statistique frappante. Si le recensement de 2008 affichait une prévalence du handicap de 5%, le dernier recensement de 2023 l’établit à 7, 3%. Un score très éloigné de la moyenne mondiale. «Le fossé est énorme. Si la norme mondiale est de 16% et que nous stagnons à 7%, cela prouve que le problème de la collecte des données est réel», souligne Ahmed Mawloud Niang, conseiller en travail social à la Division de la santé de l’adolescent. Changer l’approche pour éviter la stigmatisation Le problème ne réside pas seulement dans les registres, mais aussi dans la manière d’interroger. L’outil «Washington Group» propose une approche par les «limitations fonctionnelles» (vision, audition, mobilité, concentration, soin de soi) plutôt que par l’étiquette du handicap, souvent perçue comme stigmatisante. «Demander brutalement s’il y a une personne handicapée dans une maison peut braquer l’interlocuteur. En revanche, poser des questions spécifiques sur les difficultés quotidiennes est bien plus efficace», explique M. Niang. Pour Khady Ndao, cette méthode permet au patient de définir sa situation avec dignité et respect. Cette transition vers des données fiables est l’étape cruciale pour que le système de santé sénégalais ne laisse plus personne de côté. ambodji@lequotidien.sn