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Santé – Souveraineté sanitaire au Sénégal : Le cri d’alarme du Dr Farba Lamine Sall sur le sous-financement public

2026-01-25 - 21:09

Alors que le Syndicat des médecins privés du Sénégal (Sympes) clôture son premier congrès scientifique ce samedi, la question de l’autonomie médicale nationale est au cœur des débats. Entre baisse budgétaire, fuite des patients et précarité du secteur privé, le Dr Farba Lamine Sall, expert en gouvernance sanitaire, dresse un diagnostic sans complaisance : la souveraineté restera un slogan tant que l’Etat ne s’en donne pas les moyens financiers et structurels. Par Amadou MBODJI – Un budget en déphasage avec les ambitions de souveraineté ? Lors de la conférence inaugurale du congrès du Syndicat des médecins privés du Sénégal (Sympes) (21-24 janvier), le Dr Farba Lamine Sall a pointé une contradiction flagrante entre le discours politique et la réalité comptable. Pour le spécialiste, la souveraineté sanitaire n’est pas une abstraction ; elle a un prix que le budget de l’Etat peine à couvrir. Il y a d’abord la baisse des ressources : le Dr Sall souligne que depuis 2021, et plus particulièrement en 2023, le budget alloué à la santé stagne ou baisse, restant bien en dessous du seuil critique des 15% recommandés par les accords d’Abuja (il est actuellement inférieur à 5%). Il souligne le paradoxe domestique : si la souveraineté implique un financement local, l’expert récuse l’idée que ce fardeau doive reposer sur les citoyens. «Oui au financement domestique, mais pas au niveau des ménages», martèle-t-il. Le fardeau des ménages et l’érosion de la confiance L’une des limites majeures identifiées réside dans l’accessibilité financière. Actuel­lement, 44% des dépenses de santé sont directement supportés par les familles sénégalaises. Ce poids financier excessif crée une barrière aux soins et fragilise l’équité sociale. Outre l’aspect financier, le Dr Sall dénonce une crise de la qualité qui alimente deux phénomènes inquiétants comme la fuite des patients : en raison d’un accueil jugé insuffisant par 70% des usagers, une partie de la population déserte les structures publiques. Et aussi la fuite des personnels : le manque de ressources et de conditions de travail décentes pousse les cadres médicaux vers l’expatriation ou le secteur privé de manière désorganisée. «La souveraineté, ce n’est pas de l’ostracisme», rappelle-t-il, soulignant que l’ouverture au monde reste nécessaire, mais qu’elle doit se faire à partir d’une base nationale solide. Pistes de solutions : vers un nouveau modèle de gouvernance Pour sortir de l’impasse, le diagnostic du Dr Sall dégage plusieurs leviers d’action prioritaires : réinvestissement massif pour aligner le budget national sur les ambitions de souveraineté afin de réduire le reste-à-charge des ménages ; la culture de l’accueil et de l’hygiène pour améliorer l’expérience patient en vue de restaurer la confiance envers le système de santé local ; la gouvernance et la prévention pour passer d’une médecine purement curative à une approche centrée sur la promotion de la santé et la performance hospitalière, et combler le gap technologique en investissant dans les plateaux techniques pour limiter les évacuations sanitaires coûteuses vers l’étranger. En conclusion, le Dr Farba Lamine Sall appelle à une synergie réelle entre les secteurs public et privé. Pour que le Sénégal devienne souverain, l’Etat doit cesser de voir la santé comme une charge, mais plutôt comme un investissement stratégique indispensable au développement de la Nation. ambodji@lequotidien.sn

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