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SALY – Garde à vue au Sénégal : Le cri du cœur de l’Onlp et d’Amnesty contre «la faim et l’oubli»

2026-01-30 - 12:39

A Saly, un atelier national historique réunit acteurs de la sécurité et défenseurs des droits de l’Homme. L’objectif : mettre fin à soixante ans d’inertie sur la prise en charge alimentaire et sanitaire des détenus, un droit inscrit dans la loi depuis 1966 mais resté lettre morte. Un déni de dignité vieux de 60 ans. Par Alioune Badara CISS – Saly est devenue, le temps d’un atelier national, le centre de la lutte pour la dignité humaine. L’Observatoire national des lieux de privation de liberté (Onlpl) et Amnesty International Sénégal y ont brisé le silence sur une réalité brutale : la faim et l’abandon sanitaire dans les cellules de garde à vue. Alors qu’une loi de 1966 oblige l’Etat à nourrir les détenus, soixante ans d4inertie administrative ont transformé ce droit en lettre morte, laissant les prévenus dépendre de la charité ou de la mendicité. La dignité humaine s’arrête-t-elle à la porte d’un commissariat ? Pour le magistrat Madiaw Diaw, président de l’Obser­vatoire national des lieux de privation de liberté (Onlpl), la réponse est urgente. Malgré le décret n°66-572 de 1966 stipulant que l’Etat doit nourrir les personnes privées de liberté, la réalité du terrain est brutale : les gardés à vue dépendent de la charité des familles, de la poche des policiers ou même de la mendicité auprès des usagers. «C’est la seule recommandation qui revient systématiquement dans tous nos rapports depuis 2022. L’argent existe, mais il reste bloqué dans les rouages administratifs», déplore Madiaw Diaw. Santé en cellule : l’urgence de prévenir les drames Au-delà de l’assiette, la santé physique et mentale est au cœur des inquiétudes. Seydi Gassama, Directeur exécutif d’Amnesty International Sénégal, a tiré la sonnette d’alarme sur les drames évitables comme des suicides souvent liés à des dépressions ou pathologies mentales non détectées à l’entrée, des violences avec une nécessité d’un transfert immédiat vers les soins pour les prévenus blessés (notamment lors d’interpellations musclées) et un dépistage systématique. Amnesty plaide pour un interrogatoire sanitaire rigoureux dès le début de la garde à vue. Le «casse-tête» administratif : pourquoi ça coince ? Le blocage est avant tout structurel. Si le budget est logé au ministère de la Justice, les lieux de garde à vue dépendent des ministères de l’Intérieur et des Forces armées. Ce cloisonnement empêche les Officiers de police judiciaire (Opj) d’accéder aux fonds. Résultat : une loi de 1966 totalement paralysée par la bureaucratie. Vers la fin des zones d’ombre L’atelier de Saly ne se contente pas de dénoncer. Les débats ont également porté sur d’autres dérives persistantes : l’absence de motifs clairs lors des convocations, l’illégalité des «retours de parquet», une pratique souvent décriée. Pape Diène Diop, président d’Amnesty Sénégal, rappelle que si la torture physique a reculé depuis les années 90, la lutte pour les droits fondamentaux se gagne désormais sur le terrain des besoins primaires : manger et être soigné. C’est

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