Série d’éboulements tragiques : La mauvaise mine des orpailleurs
2026-01-27 - 12:36
Alors que la région de Kédougou demeure le poumon aurifère du Sénégal, une série noire de drames vient assombrir l’éclat du métal précieux avec 12 décès dus à deux accidents. Les éboulements meurtriers dans les sites d’orpaillage artisanal ne sont plus des faits divers isolés, mais les symptômes d’une crise profonde. Entre précarité des mineurs, failles de la réglementation et pression climatique, analyse d’un engrenage mortel où la quête de survie se heurte au silence des galeries qui s’effondrent. Par Justin GOMIS – C’est la géologie de l’insécurité avec des galeries à bout de souffle avec 12 morts à la suite d’éboulements dans le Saraya, zone minière du pays où les mines des orpailleurs sont figées dans le drame. Le premier facteur de ces accidents est d’ordre technique. Dans les «diouras» (sites d’orpaillage), les puits creusés par les orpailleurs, appelés «tombos», atteignent parfois des profondeurs vertigineuses (plus de 20 à 30 mètres) sans aucun étayage solide. L’utilisation de bois de fortune pour soutenir des tonnes de terre latéritique est dérisoire. A cela s’ajoute l’érosion des sols : avec le dérèglement climatique, des pluies hors saison ou des crues soudaines fragilisent des terrains déjà malmenés par l’usage intensif de produits chimiques (mercure, cyanure) qui déstructurent la cohésion des sols. L’équation économique : la survie avant la sécurité L’analyse de ces accidents révèle une vérité sociale brutale : la pauvreté occulte le danger : la course au gain pour maximiser les profits, les orpailleurs s’aventurent dans des zones interdites ou déjà fragilisées, ignorant les alertes de sécurité. Aujourd’hui, Kédougou attire une main-d’œuvre transfrontalière massive (Guinée, Mali, Burkina Faso). Cette pression démographique pousse à l’ouverture de sites clandestins, échappant à tout contrôle étatique. Contrairement aux mines industrielles, l’artisanat minier manque cruellement de matériel de détection et de protection individuelle. Les limites de l’encadrement étatique Malgré la présence de la police des mines et les efforts de formalisation via les couloirs d’orpaillage, l’Etat peine à imposer sa souveraineté sur des milliers de puits disséminés dans la brousse. La réponse est souvent réactive (fermeture de sites après un drame) plutôt que préventive. Le manque de formation des orpailleurs aux techniques de creusement sécurisées reste le chaînon manquant de la politique minière nationale. Un impact humanitaire et social invisible Au-delà des bilans chiffrés, ces éboulements déstructurent des familles entières. Chaque «accident» est un drame humain qui laisse derrière lui des veuves et des orphelins dans une précarité accrue. De plus, la multiplication des cadavres non identifiés dans ces éboulements pose un réel problème de dignité humaine et de statistiques réelles sur la mortalité dans le secteur. Le «tout répressif» a montré ses limites. Pour stopper l’hécatombe à Kédougou, l’analyse suggère une transition vers un orpaillage semi-mécanisé encadré. Sans une assistance technique réelle sur les méthodes d’extraction et une présence permanente d’unités de secours de proximité, l’or du Sénégal continuera d’avoir le goût amer du sang de ses fils. justin@lequotidien.sn