Redevabilité et contrôle dans la gestion des finances publiques : Des défis persistent
2026-03-28 - 18:05
Le Sénégal a entrepris, pendant ces dix dernières années, un certain nombre de réformes pour renforcer la redevabilité et le contrôle dans la gestion des finances publiques, notamment l’adoption de la Lolf (Loi organique relative aux lois de finances), la mise en œuvre du budget-programme et le renforcement du cadre harmonisé des finances publiques de l’Uemoa, entre autres. Malgré tout, la redevabilité budgétaire demeure limitée dans sa portée, selon une étude conduite par l’Institut panafricain pour la citoyenneté, les consommateurs et le développement (Cicodev Afrique), avec l’appui de la Fondation pour le renforcement des capacités en Afrique (Acbf), un démembrement de l’Union africaine. Les résultats de cette étude font état de plusieurs freins. «La coordination entre institutions de contrôle reste faible, les capacités techniques des acteurs sont insuffisantes et la participation citoyenne demeure marginale. Sur le plan macroéconomique et budgétaire, l’étude revient sur la situation préoccupante : le déficit a atteint 12, 3% du Pib en 2024, bien au-dessus de la norme communautaire de 3%, tandis que la dette publique brute a grimpé à 119% du Pib, largement au-delà du seuil de soutenabilité de l’Uemoa fixé à 70%. La combinaison de dépenses rigides élevées, de subventions massives et de tensions de trésorerie a fragilisé la discipline budgétaire et réduit l’espace fiscal pour les investissements sociaux», relève Cicodev Afrique dans un communiqué. Sur le plan institutionnel, souligne cette organisation de la Société civile, «la Gestion des finances publiques (Gfp) du Sénégal est encadrée par un arsenal d’organes de contrôle : la Cour des comptes, l’Inspection générale des finances (Igf), l’Autorité de régulation des commandes publique (Arcop, ex-Armp), l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption (Ofnac), l’Assemblée nationale, la Direction générale du budget (Dgb)... Cependant, les entretiens avec les acteurs montrent une fragmentation du dispositif, une faible interopérabilité des systèmes d’information et un taux de mise en œuvre des recommandations inférieur à 40%, selon l’Igf». L’étude met également en évidence «la faible implication des acteurs non étatiques. Mais plus de 30% des Organisations de la société civile (Osc) utilisent les outils de transparence disponibles (Budget citoyen, Portail budgétaire), tandis que les médias manquent d’expertise en journalisme économique, ce qui réduit leur capacité à vulgariser les enjeux budgétaires et à stimuler le débat public». «Cette étude sur les défis de la redevabilité et du contrôle dans la Gfp s’inscrit dans le cadre d’un projet visant à renforcer la transparence, la responsabilité et l’efficacité de la gouvernance financière. Elle constitue la première phase d’un processus plus large qui débouche sur le dialogue politique de haut niveau qui réunit, les 26 et 27 mars 2026, les institutions publiques, les organes de contrôle, la Société civile et les acteurs des médias. Si nous voulons trouver des solutions à ces défis qui jalonnent toute la chaîne budgétaire et impliquant plusieurs acteurs, il faut dialoguer. Il nous faut mettre tous ces acteurs ensemble pour dialoguer, après une bonne identification de tous ces défis, et de manière consensuelle arriver à formuler des recommandations et surtout des pistes de renforcement de capacités sur ces défis-là», plaide Amadou Kanouté, Directeur exécutif de Cicodev Afrique. Face à ces freins, les experts qui ont mené l’étude ont soumis à l’appréciation des participants à cette rencontre de deux jours, une batterie de recommandations. Entre autres, Dr Mame Mor Sène a proposé la mise en place d’un mécanisme de coordination de la redevabilité budgétaire pour améliorer la coordination entre les acteurs de la chaîne budgétaire ; le renforcement des capacités techniques et analytiques des députés et des assistants parlementaires ; la mise en place d’une cellule technique budgétaire au sein de l’Assemblée nationale, composée d’experts en économie, finances publiques et statistiques, renforçant la qualité des travaux de commissions ; l’institutionnalisation d’un cadre permanent de dialogue entre l’Etat et les Osc sur le budget. L’enseignant-chercheur juge aussi nécessaire la mise en place d’un programme national de formation des journalistes économiques... Toutes ces recommandations devraient être approfondies au cours de ces deux jours d’échanges entre les acteurs. Par Dialigué FAYE – dialigue@lequotidien.sn