TheSenegalTime

Réaction – Secteurs extractif et cimentier au Sénégal : Les géants de l’industrie alertent sur les risques de ralentissement

2026-03-14 - 13:17

Alors que les autorités sénégalaises ont engagé une vaste revue des contrats dans les secteurs stratégiques, les industries cimentières et la Chambre des mines sortent de leur réserve. Dans deux communiqués distincts publiés ce 13 mars 2026, ces acteurs majeurs alertent sur le ralentissement du Btp et l’explosion des coûts de production, tout en réaffirmant leur rôle de «bâtisseurs de croissance» avec plus de 600 milliards de F Cfa investis ces dernières années. Entre audits en cours et pressions inflationnistes mondiales, le secteur extractif appelle l’Etat à privilégier un dialogue constructif pour sécuriser les investissements et les milliers d’emplois qui en dépendent. Par Justin GOMIS – Le climat des affaires dans le secteur industriel sénégalais traverse une zone de turbulences. Alors que le gouvernement, sous l’impulsion du Premier ministre Ousmane Sonko, a engagé un vaste chantier de renégociation des contrats extractifs, les grands acteurs du secteur -cimentiers et miniers- brisent le silence pour appeler à la préservation d’un cadre stable et concerté. Or, c’est un secteur sous pression, entre audits et ralentissement : car le secteur du Bâtiment et des travaux publics (Btp) connaît un «ralentissement significatif» depuis près de deux ans. C’est dans ce contexte déjà fragile que les industries cimentières (Sococim, Dangote, Ciments du Sahel et Cimaf) ont réagi aux audits récemment menés sur leurs contrats au lendemain de la sortie du Premier ministre, qui annonce la reprise des actifs et le non-renouvellement de concessions minières. Si les entreprises affirment avoir pleinement coopéré lors de ces processus, elles rappellent avec fermeté que les conclusions de ces audits n’ont pas encore été officiellement validées. Dès lors, les cimenteries considèrent qu’il «est essentiel que les conclusions soient présentées dans un cadre officiel, clair et transparent, afin de garantir une appréciation objective et constructive des engagements pris par toutes les parties». Elles insistent sur le fait que ce «débat administratif» ne doit en aucun cas freiner les investissements déjà engagés. Pour contrer l’idée d’un «manque à gagner» pour l’Etat souvent évoquée dans le débat public, les cimentiers rappellent que les avantages fiscaux dont ils bénéficient sont des outils classiques de politique économique visant à attirer les capitaux. «Il convient par ailleurs de rappeler que les chiffres évoqués dans le débat public comme représentant un éventuel manque à gagner pour l’Etat sont liés aux mécanismes incitatifs accordés par l’Etat lui-même dans le cadre de conventions destinées à encourager l’implantation de grands projets industriels. Ces dispositifs constituent des instruments classiques de politique économique visant à attirer les capitaux, accélérer l’industrialisation et créer des emplois durables. Les différentes conventions minières qui comportent des clauses de stabilisation ont été signées à chaque fois en fonction du Code minier applicable au moment de l’installation et des investissements des cimenteries», expliquent les quatre cimenteries dans un communiqué conjoint. Le poids du secteur dans l’économie nationale est, selon elles, indiscutable, notamment en termes d’investissements massifs : plus de 600 milliards de F Cfa investis ces cinq dernières années, plus de 10 000 emplois directs et indirects générés, et une contribution directe à la construction des routes, hôpitaux et écoles du pays. «Dans ce contexte, la préservation d’un environnement stable et propice à l’investissement industriel apparaît plus que jamais essentielle pour soutenir la croissance et préserver le pouvoir d’achat des populations», ajoutent-elles. La Chambre des mines appelle à la solidarité De son côté, la Chambre des mines du Sénégal (Cmds) a exprimé sa solidarité envers la société Grande côte opérations (Gco), récemment touchée par un incendie, tout en élargissant son plaidoyer aux Industries chimiques du Sénégal (Ics) et aux cimenteries. Face à la volonté de renégociation affichée par les autorités, la Cmds prône une «concertation étroite». L’organisation souligne que dans un contexte international marqué par des tensions géopolitiques et une hausse des coûts de l’énergie et du transport, le soutien de l’Etat est crucial pour sécuriser les investissements et sauvegarder les emplois. Malgré les tensions apparentes, les industriels réaffirment leur confiance dans les institutions sénégalaises. Le message envoyé au gouvernement est clair : les entreprises sont prêtes au dialogue, mais elles exigent de la visibilité. L’enjeu pour l’Etat sera de réussir sa stratégie de souveraineté et de rééquilibrage des contrats sans casser la dynamique d’investissement de partenaires qui se définissent, avant tout, comme des «bâtisseurs de croissance». justin@lequotidien.sn

Share this post: