Publication du Livre Bleu II : La Société civile dresse un diagnostic sans concession de l’eau au Sénégal
2026-03-23 - 17:54
Si le Sénégal affiche des progrès réels dans l’accès au liquide précieux, l’arbre ne doit pas cacher la forêt. Entre retards chroniques en assainissement, disparités géographiques et dépendance financière, la Plateforme des organisations de la Société civile pour l’eau et l’assainissement (Posceas) tire la sonnette d’alarme à travers son nouveau rapport. Par Abdou Latif Mohamed MANSARAY – «Le Livre Bleu II n’est pas un simple document, c’est un outil citoyen de suivi et d’évaluation des politiques publiques», a martelé Abdoul Aziz Faye, coordonnateur de la Plateforme des organisations de la Société civile pour l’eau et l’assainissement (Posceas), lors d’un récent point de presse. Fruit d’un travail de terrain rigoureux et de consultations régionales, ce rapport offre un miroir sans complaisance de la situation du secteur au Sénégal. Au premier abord, le bilan semble flatteur. Le Sénégal a franchi la barre symbolique des 90% de taux d’accès à l’eau potable à l’échelle nationale. Une performance saluée par Abdoul Aziz Faye comme le résultat de réformes structurelles menées aussi bien en zones urbaines que rurales. Pourtant, le diable se cache dans les détails. Le rapport met en lumière une fracture territoriale persistante : le monde rural accuse un retard de plus de dix points par rapport aux villes. Plus inquiétant encore, la qualité et la continuité du service laissent à désirer. «Seuls 29% des populations bénéficient d’un accès conforme aux standards des Objectifs de développement durable (Odd)», a précisé le coordonnateur. En clair : avoir un robinet ne signifie pas toujours avoir de l’eau potable en permanence et en toute sécurité. Si l’eau progresse, l’assainissement stagne. Le constat de la Posceas est ici sans appel : les objectifs sont loin d’être atteints. En milieu rural, le spectre de la défécation à l’air libre hante encore de nombreuses localités. Pour la Société civile, il est impératif de repenser les stratégies actuelles et d’accélérer massivement les investissements pour mettre fin à cette situation qui pèse sur la santé publique et la dignité des citoyens. Une ressource sous haute tension Le Livre Bleu II soulève également un enjeu écologique et démographique majeur : la raréfaction de la ressource. Les chiffres donnent le tournis. En 1970, la disponibilité en eau était de 5800 m3 par habitant ; en 2021, elle a chuté à environ 1500 m3. Cette pression, accentuée par l’explosion démographique et les besoins croissants de l’agriculture, impose une gestion plus rationnelle. «Cette diminution de la disponibilité doit nous pousser à une gouvernance plus rigoureuse», prévient le rapport. Dépendance financière et urgence de réformes L’autre point de vulnérabilité identifié concerne le portefeuille. Actuellement, plus de 50% des investissements du secteur dépendent de bailleurs de fonds extérieurs. Une situation de dépendance jugée risquée par la Posceas, qui plaide pour une mobilisation accrue des ressources internes et l’exploration de financements innovants. Pour relever ces défis d’ici 2030, Abdoul Aziz Faye appelle à une refonte de la gouvernance : transparence accrue dans la gestion des fonds, participation citoyenne renforcée, implication réelle des collectivités territoriales et modernisation du cadre juridique et de la régulation. «L’accès à l’eau et à l’assainissement est un droit fondamental qui doit être garanti à tous, sans discrimination», a conclu le coordonnateur. Avec ce Livre Bleu II, la Société civile ne se contente plus d’observer : elle s’impose désormais comme une actrice incontournable du débat public pour une gestion durable du «bleu» au Sénégal. latifmansaray@lequotidien.sn