Promotion des droits des femmes : La militante Awa Fall Diop remporte le Prix Anne Klein à Berlin
2026-03-26 - 18:03
Le combat d’une vie enfin couronné. A Berlin, la féministe panafricaniste Awa Fall Diop a reçu le Prix Anne Klein, une distinction qui honore les femmes engagées pour la cause des droits humains et l’égalité des sexes. Cette consécration internationale a trouvé un écho vibrant au Sénégal, où ses pairs, en collaboration avec la Fondation Heinrich Böll, lui ont rendu un hommage mérité lors d’une cérémonie de «Sargal» (célébration). Pour Alice Djiba, coordonnatrice du programme démocratie à la Fondation Heinrich Böll, ce prix est une reconnaissance du parcours exceptionnel d’une pionnière : «Ce prix revient sur les décennies de lutte qu’elle a menées pour la justice sociale. Awa Fall Diop porte la voix de celles qui se sont battues pour la loi sur la parité et la criminalisation du viol. Elle fait partie de ces figures de proue qui ont ancré le débat sur l’égalité homme-femme au Sénégal.» Une icône de la justice sociale ! Au-delà de la personne, c’est tout le mouvement féministe sénégalais qui se voit ainsi mis en lumière. L’objectif est clair : inspirer la nouvelle génération pour que cessent les mutilations génitales féminines, l’abandon scolaire des filles, et pour que l’accès des femmes aux postes de décision devienne une norme. Une fierté teintée d’inquiétude La lauréate n’a pas caché son émotion, tout en replaçant sa victoire dans un cadre collectif. «Ce prix atteste que les femmes africaines contribuent à l’avancement de l’humanité pour des sociétés plus justes et équitables», a-t-elle déclaré. Cependant, Awa Fall Diop reste lucide : la lutte est loin d’être terminée. L’enseignante a listé les urgences du moment, notamment la question de l’avortement médicalisé en cas de viol ou d’inceste, et la lutte contre les féminicides. Si elle salue le fait que le Président Bassirou Diomaye Faye ait reconnu la réalité des féminicides, elle attend désormais des actes concrets et une criminalisation effective. L’appel à la clarté face au nouveau gouvernement Le discours de la lauréate s’est fait plus incisif à l’égard des nouvelles autorités. Awa Fall Diop déplore un manque de lisibilité dans la politique actuelle, notamment une représentativité en baisse : elle regrette la réduction du nombre de femmes dans le gouvernement actuel. Le passage du «ministère de la Femme et du genre» au «ministère de la Famille» est perçu comme un recul symbolique, ramenant la femme à sa seule fonction domestique. «Sous Senghor, Diouf, Wade ou Sall, il y avait des avancées identifiables. Aujourd’hui, l’agenda pour les droits des femmes est une nébuleuse. C’est flou», a-t-elle martelé. C’est donc avec une satisfaction teintée d’une «triste attente» que la lauréate a conclu son intervention, rappelant que la vigilance reste l’arme principale des féministes sénégalaises pour préserver leurs acquis et conquérir de nouveaux droits. Par Justin GOMIS – justin@lequotidien.sn