Polémique – Régulation des médias au Sénégal : Le Synpics s’insurge contre la nouvelle loi sur le Cnrm
2026-03-05 - 13:17
Le Syndicat des professionnels de l’information et de la communication du Sénégal (Synpics) a exprimé sa vive opposition suite à l’adoption, ce mardi 3 mars 2026, de la loi portant création du Conseil national de régulation des médias (Cnrm). Le syndicat dénonce un texte liberticide, élaboré sans concertation, qui menace directement le secret professionnel des journalistes. Par Abdou Latif MANSARAY – Un passage en force à l’Assemblée nationale ? Réunis en séance plénière le 3 mars 2026, les députés sénégalais ont adopté le projet de loi n°4/2026 organisant le fonctionnement du nouveau Conseil national de régulation des médias (Cnrm). Une décision qui a immédiatement fait réagir le Synpics, qui déplore n’avoir jamais été associé au processus d’élaboration de ce texte législatif. Le syndicat souligne l’absence totale de dialogue préalable avec les acteurs du secteur, malgré son rôle historique dans la défense des professionnels des médias au Sénégal. Le secret professionnel en péril Le point de discorde majeur réside dans le Chapitre IV, article 31, du nouveau texte. Cette disposition confère au Cnrm des pouvoirs d’investigation jugés disproportionnés par les professionnels. Désormais, l’organe de régulation pourra procéder à des visites et contrôles inopinés au sein des entreprises de presse, exiger la communication de n’importe quel document professionnel et en prendre copie, recueillir des renseignements et justifications sur place ou sur convocation. Plus grave encore, selon le syndicat, le texte stipule que le secret professionnel n’est plus opposable au Cnrm. Pour le Synpics, il s’agit d’un «précédent dangereux» qui fragilise un pilier fondamental du journalisme et ouvre la porte à une ingérence directe dans la liberté éditoriale. Vers une menace sur le pluralisme ? Au-delà de l’accès aux sources, la loi dote le Cnrm de sanctions administratives lourdes. L’organe peut désormais décider de la fermeture administrative d’un média, de la suspension de la diffusion et du blocage de contenus en ligne, ou de la coupure d’accès à des plateformes audiovisuelles. Le Synpics alerte sur les répercussions sociales de telles mesures, notamment en termes de menaces sur l’emploi et d’atteinte au pluralisme de l’information. Un appel au dialogue Face à ce qu’il considère comme un recul démocratique, le Bureau exécutif du syndicat appelle les autorités à ouvrir d’urgence un cadre de dialogue inclusif. L’objectif affiché est de réviser les dispositions controversées afin de garantir une régulation qui soit à la fois indépendante et respectueuse des standards internationaux en matière de liberté de la presse. latifmansaray@lequotidien.sn