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Parcours artistique : Jean-Claude Naimro, cinquante ans de carrière entre Antilles et Afrique

2026-02-20 - 12:57

Ce 21 février, le pianiste martiniquais Jean-Claude Naimro célèbre cinquante ans de carrière au Cabaret sauvage, à Paris. Figure historique de Kassav’, il a longtemps œuvré en parallèle pour le compte de très nombreux artistes africains, et joué en particulier un rôle dans l’essor du makossa camerounais au cours des années 80. Avec Kassav’, il a l’habitude de se produire depuis plus de quatre décennies devant des milliers de spectateurs, parfois dans des stades, en France comme à l’étranger, avec ce que cela peut avoir «d’anonyme». Mais pour fêter un demi-siècle d’activité dans le monde de la musique, Jean-Claude Naimro a choisi le Cabaret sauvage, un lieu à taille humaine. «Une petite salle, c’est beaucoup plus intimiste et convivial. On a un rapport plus direct et plus franc avec le public», estime le septuagénaire, qui préfère aussi «le contact plus aisé entre musiciens» favorisé par une scène aux dimensions réduites. Le programme de la soirée a été éprouvé en Martinique en novembre dernier. Son concert dans les Jardins de l’Ap­paloosa, où il n’a pas hésité à descendre au milieu de l’assistance pour jouer avec son synthétiseur Yamaha CS01 en bandoulière, lui a «servi de tremplin pour voir les titres qui fonctionnent, ceux à enlever, à modifier». «Je suis très strict. J’ai toujours fait les choses avec beaucoup de minutie, et je continue à le faire du mieux que je peux», reconnaît-il. Au répertoire, il n’y aura que ses propres morceaux, assure celui qui «s’est attaché pendant 50 ans à beaucoup faire pour les autres», mais compte néanmoins quelques albums personnels et des chansons qui ont marqué les esprits : «Kolé Séré», devenu un succès avec le duo de circonstance Jocelyne Béroard-Philippe Lavil, ou encore «En Mouvmen», intégré avec le temps à la discographie de Kassav’, et dont il vient de finaliser un remix avec le chanteur antillais de reggae Straika D. «Ce qui est important, c’est de faire aussi bien du studio que de la scène», précise le musicien formé au piano classique. L’Antillais de l’équipe nationale du makossa Après son arrivée en métropole en 1969, il a accompagné Eddy Mitchell, Michel Fugain ou d’autres artistes de la variété française durant la décennie suivante. Mais c’est dans un tout autre registre que ce pilier du zouk s’est aussi illustré : une bonne moitié des quelques 350 albums a minima auxquels il a participé sont ceux d’artistes du continent africain ! Si Kassav’ est célèbre du Sénégal à l’Angola, en passant par Madagascar, Jean-Claude Naimro a sans conteste un lien singulier avec le Cameroun. Il y a d’ailleurs donné un concert fin 2025, et devrait y retourner sous peu. «J’ai bossé avec pratiquement tous les artistes de ce pays, de la fin des années 70 aux années 90, à telle enseigne que les Camerounais pensent que je suis l’un des leurs. Ils sont très peu, à part les initiés, à savoir que je viens des Antilles», s’amuse-t-il. La liste a effectivement de quoi impressionner : Sam Fan Thomas, Ben Decca, André-Marie Tala, Moni Bile, Dina Bell, Douleur, Manfred Ebanda, Salle John, Lapiro de Mbanga, ou encore Manu Dibango, auprès duquel il reste plusieurs années. Autant d’artistes qui ont fait référence dans leurs domaines. Aux côtés de Aladji Touré et Toto Guillaume, il devient l’un des titulaires de ce collectif souvent reconduit appelé l’«équipe nationale du makossa». «Il y avait peu de musiciens qui jouaient du clavier en Afrique, parce que c’est un instrument qui coûte cher, que ce soit un synthétiseur ou un vrai piano», souligne-t-il. Le studio Johanna, un laboratoire et une passerelle Si cette rareté explique qu’on ait fait appel à lui à un moment, la multiplication des sollicitations tient plutôt à une qualité majeure, dans ce milieu où les noms circulent vite : sa capacité à «trouver un jeu personnel qui s’adapte à la musique africaine» en tenant compte de certaines contraintes artistiques. «La musique camerounaise est basée sur les guitares. Quand j’arrivais en studio, j’avais beaucoup de mal à m’intégrer car il y avait quatre, cinq ou six pistes de guitare ! Il a fallu en extraire un peu pour me laisser de la place», rappelle Jean-Claude Naimro. Les rencontres en amenant d’autres : le pianiste enregistre pour l’Ivoirienne Nayanka Bell et son compatriote Meiway, ou encore les Congolais Syran Mbenza et Trio Madjesi. Souvent, les sessions se déroulent au studio Johanna, situé en proche banlieue parisienne. «C’était un studio expérimental. On essayait des choses parce que ce n’était pas très cher et on était un peu comme chez soi. Comme il y avait deux ou trois ingénieurs du son qui y travaillaient avec des Antillais ou des Africains, tout le monde allait là-bas», poursuit-il. Jacob Desvarieux est aussi un habitué des lieux. La connexion entre les deux hommes se fait dans ce contexte, avant de se poursuivre avec Kassav’. Ils font partie des rares artistes antillais à avoir multiplié les échanges avec leurs homologues du continent africain -le Martiniquais Honoré Coppet fut à cet égard un pionnier, recruté pour occuper des fonctions en Guinée juste après l’indépendance. Pourtant, Jean-Claude Naimro refuse toute lecture militante de ces collaborations, y compris celle au long cours pour le compte de la chanteuse sud-africaine Miriam Makeba, très engagée : «je me contentais d’être pianiste», assure-t-il. Son sens du dialogue musical est à lui seul une conviction que ressentiront tous ceux qui partageront son anniversaire au Cabaret sauvage. Rfi

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