Me François Brengarth, avocat de Madiambal : «LA JUSTICE FRANÇAISE DOIT AGIR COMME UN GARDE-FOU»
2026-03-03 - 13:18
Alors que la Chambre de l’instruction de la Cour d’appel de Versailles va rendre ce matin son délibéré sur la demande d’extradition de Madiambal Diagne, Me Vincent Brengarth, avocat de M. Diagne, revient sur les enjeux d’une bataille judiciaire qui dure depuis plusieurs mois. Entre dénonciation des carences du dossier sénégalais et confiance en l’indépendance des juges français, il fait le point sur une extradition contestée. Par Bocar SAKHO – Quelles sont les attentes pour la défense après ces longs mois de bataille procédurale ? Notre principale attente est sans équivoque, elle est que la Chambre de l’instruction prononce un avis défavorable à la demande d’extradition de M. Diagne. Nous disposons d’un certain nombre d’arguments extrêmement forts pour soutenir que cette demande n’a pas lieu d’être, et qu’elle n’est pas conforme aux exigences posées en la matière. Notre client est confronté à une procédure éminemment politique et la Justice française, à laquelle cette extradition est demandée, doit agir comme garde-fou. Il lui appartient en effet de censurer cette demande, dans le strict respect du cadre applicable et liant les relations entre la France et le Sénégal. Jusqu’à présent, c’est ce que la Justice a fait, en refusant de placer sous écrou notre client le temps de l’examen de la demande ou encore en ordonnant un complément d’informations sur de très nombreux points aux autorités sénégalaises. La Justice française avait demandé un complément d’informations au Sénégal. A l’examen des documents fournis, y a-t-il du nouveau ? En dépit de cette demande de complément, qui trahit d’ailleurs la carence manifeste de cette procédure, le dossier n’est toujours pas plus concluant. Les autorités sénégalaises ne s’expliquent toujours pas sur les faits précis reprochés à notre client et sur les textes qui seraient applicables. Elles ne justifient pas plus des garanties effectives dont notre client pourrait bénéficier afin d’accéder à une procédure équitable et dans le respect des droits de la défense. Ces garanties sont pourtant le préalable indispensable à la seule décision judiciaire convenable sur le fond du dossier, à savoir que notre client soit totalement innocenté des faits injustifiés qu’on lui reproche. Quelles sont les prochaines étapes à partir de demain (aujourd’hui) ? Une fois l’avis rendu, il appartiendra au gouvernement français de se prononcer. Ce dernier doit en effet autoriser l’extradition par décret. Conformément à la loi, l’avis de la Chambre de l’extradition est défavorable notamment lorsque la cour estime que les conditions légales ne sont pas remplies ou qu’il y a une erreur évidente. Aussi, si cet avis est défavorable, l’extradition ne saurait intervenir. Si l’avis est favorable, ce décret peut être pris et peut faire l’objet d’une contestation devant le Conseil d’Etat pour excès de pouvoir. A notre sens, aucun décret ne saurait intervenir sans préjudicier lourdement aux droits de notre client et nous entendrons donc, le cas échéant, le contester. Nous réfléchirons également à l’opportunité d’un pourvoi contre un éventuel avis favorable à l’extradition mais nous ne l’imaginons pas. Maître, quel est l’état d’esprit de votre client à quelques heures du délibéré ? Notre client fait preuve d’une confiance à toute épreuve, il sait qu’il n’a rien à se reprocher et il sait surtout que la Justice française est indépendante et qu’elle peut rendre une décision courageuse, à savoir un avis défavorable. bsakho@lequotidien.sn