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Mbour – Visite à la Maison d’arrêt et de correction : Le cri d’alarme de Yassine Fall face à l’étouffement carcéral

2026-03-28 - 18:05

En visite à la Maison d’arrêt et de correction (Mac) de Mbour ce jeudi, la ministre de la Justice, Yassine Fall, a dressé le diagnostic alarmant d’un établissement saturé à 150% de sa capacité. Entre héritage budgétaire contesté et promesse de modernisation, la Garde des sceaux a annoncé un plan d’urgence incluant la construction d’une nouvelle prison et une digitalisation accrue des procédures pour restaurer la dignité humaine derrière les barreaux. Par Alioune Badara CISS – Le constat est sans appel, presque physique. Conçue pour accueillir 650 pensionnaires, la Maison d’arrêt et de correction (Mac) de Mbour étouffe aujourd’hui sous le poids de 915 détenus. Ce surplus de près de 50% illustre l’engorgement structurel qui fragilise le système pénitentiaire sénégalais. Jeudi, la ministre de la Justice, Garde des sceaux, Yassine Fall, s’est rendue sur place pour prendre la pleine mesure de cette crise. Un héritage lourd et des critiques acerbes ! Accompagnée des autorités administratives et judiciaires de la région de Thiès, la ministre a longuement échangé avec les détenus et le personnel de surveillance. Pour elle, cette situation est le fruit de plusieurs décennies d’inertie. «Nul n’ignore la situation que nous avons héritée. Des décennies de sous-investissement ont laissé notre système sans infrastructures adaptées. Pas une seule prison digne de ce nom n’a été construite depuis l’indépendance», a-t-elle déploré. La ministre n’a pas ménagé l’ancienne administration, pointant du doigt la gestion d’un budget d’infrastructures de 75 milliards de francs Cfa qui, selon ses termes, n’aurait «produit aucune des maisons d’arrêt attendues». Cap sur une nouvelle Mac et des peines alternatives Pour désengorger durablement les cellules mbouroises, Yassine Fall a annoncé la construction prochaine d’un nouvel établissement dans la localité. Ce projet architectural sera couplé à la création d’un Tribunal de grande instance (Tgi), une mesure stratégique visant à accélérer le traitement des dossiers et à réduire la détention préventive. Toutefois, la Garde des sceaux estime que la solution ne réside pas uniquement dans le béton. Elle prône un véritable changement de paradigme pénal, axé sur deux leviers : les alternatives à l’incarcération, la modernisation technologique. Elle insiste sur le développement des travaux d’intérêt général et des aménagements de peine, la digitalisation via la plateforme E-Justice, permettant notamment aux familles d’obtenir des permis de communiquer en ligne, simplifiant ainsi les démarches et réduisant la pression sur les services physiques. L’impératif de la dignité humaine Malgré des conditions de travail pénibles pour les agents pénitentiaires, la ministre a réitéré sa ferme volonté de transformer la prison en un véritable lieu de réinsertion. «La question des conditions de détention n’est pas abstraite. Ce sont des vies humaines, et l’Etat doit répondre de chacune d’elles», a conclu Yassine Fall. Un rappel nécessaire que la dignité et la sécurité doivent demeurer les piliers de l’institution carcérale sénégalaise. abciss@lequotidien.sn

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