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Mbour – Menace environnementale : La lagune de Mbaling à nouveau sous la menace du béton

2026-02-27 - 13:06

Véritable poumon vert et rempart naturel contre les inondations, la lagune de Mbaling est une nouvelle fois le théâtre d’un bras de fer entre promoteurs immobiliers et défenseurs de l’environnement. Malgré un arrêté préfectoral de protection, la reprise des travaux de terrassement sur ce site de 57 hectares sème l’émoi. Entre biodiversité en péril et soupçons de spéculation foncière, le patrimoine écologique de la Petite-Côte joue sa survie. Par Alioune Badara CISS – Le spectre du béton plane à nouveau sur la lagune de Mba­ling. Depuis quelques jours, le vrombissement des engins et des opérations de remblai sont signalés sur ce site pourtant classé. Cette reprise des activités, au mépris flagrant des interdictions administratives sur la zone dunaire, a immédiatement ravivé la colère des riverains et des mouvements associatifs. Tous dénoncent un «chaos écologique» imminent. Un écosystème vital pour la commune La zone concernée n’est pas un simple terrain vague, mais un sanctuaire biologique de 57 hectares combinant mangrove, savane arbustive et zone saumâtre. La lagune remplit trois fonctions critiques pour l’équilibre de Mbour : c’est un régulateur thermique et hydrique, qui sert d’exutoire naturel aux eaux pluviales, protégeant les quartiers périphériques d’inondations dévastatrices ; un réservoir de biodiversité, qui abrite près de 400 espèces d’oiseaux (hérons, cormorans) sur les 630 recensées au Sénégal ; et une nurserie biologique, car ses eaux sont essentielles à la reproduction des poissons et crustacés, moteur essentiel de l’économie halieutique locale. 2013-2024 : une décennie de bras de fer L’origine de la crise remonte à 2013, lorsqu’un titre foncier a été accordé à un promoteur privé dans l’opacité la plus totale. En 2017, un décret de déclassement visait à morceler le site en 57 parcelles destinées à la promotion immobilière. Depuis, la résistance s’organise. En 2018 et 2021, les marches massives du Collectif pour la défense des intérêts de Mbour (Cdim) avaient réussi à geler les chantiers. Aujourd’hui, les manifestants, vêtus de rouge, exigent cinq mesures radicales : l’annulation définitive de toutes les attributions de parcelles, le retrait immédiat des bornes de délimitation, la démolition des constructions illégales, la sécurisation physique du site par une clôture ou une délimitation stricte, et le dragage de la lagune pour restaurer ses fonctions hydrauliques. Un silence administratif qui inquiète Interpellée à plusieurs reprises, la municipalité de Mbour tente de se dédouaner. Par la voix de son chargé de communication, le maire de l’époque, El Hadj Fallou Sylla, avait affirmé que l’institution n’était «ni de près ni de loin mêlée à ce projet», assurant avoir saisi la Dscos (Direction de la surveillance et du contrôle de l’occupation du sol) pour faire cesser les travaux. Pourtant, sur le terrain, les engins continuent de grignoter la dune. Un patrimoine historique et scientifique Au-delà de l’enjeu environnemental, c’est un pan de l’histoire scientifique du Sénégal qui s’effrite. Protégé depuis 1987, le site a accueilli, dès 1947, un observatoire géophysique de l’Orstom (actuel Ird), puis des laboratoires d’ornithologie réputés. Ce laboratoire à ciel ouvert, doté d’un écomusée, reste un lieu d’apprentissage irremplaçable pour les étudiants et chercheurs du pays. Alors que les risques climatiques et la montée des eaux s’accentuent, la destruction de ce rempart naturel pourrait transformer ce trésor écologique en une catastrophe urbaine majeure. A Mbour, l’alerte est maximale : les générations futures risquent d’hériter d’un désert de béton, là où battait autrefois le cœur sauvage de la ville. abciss@lequotidien.sn

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