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La mise au point de Diomaye : «On ne peut effacer mon travail à Pastef»

2026-03-09 - 13:17

Le gant de velours a laissé place, le temps d’un discours, à une main de fer. Ce samedi à Dakar, face au Conseil des leaders de sa coalition, Bassirou Diomaye Faye a troqué sa posture de «Président de tous les Sénégalais» pour celle, plus organique et combative, de l’architecte de Pastef. Alors que les murmures sur sa légitimité partisane ou son poids réel au sein de la machine patriote commençaient à poindre dans l’ombre de la Primature, le chef de l’Etat a signé une mise au point musclée : il est de Pastef, et Pastef est lui. C’est un cri du cœur autant qu’un calcul politique. En martelant que «personne ne peut effacer [son] travail dans Pastef», Bassirou Dio­­maye Faye s’adresse à deux publics. D’abord, à ceux qui, au sein de son propre camp, pourraient être tentés de réduire son rôle à celui d’un choix de substitution. Ensuite, à l’opinion publique, pour rappeler qu’avant d’être élu, il fut l’un des cerveaux de la stratégie et de l’implantation du parti. Il tonne : «Personne ne peut effacer mon travail dans Pastef, et aujourd’hui, plus que jamais, je revendique mon ancrage à Pastef.» Cette sortie sonne comme une fin de non-recevoir à toute tentative de marginalisation symbolique. En affirmant qu’il revendique «plus que jamais» son identité de «patriote», il fusionne la fonction présidentielle avec l’âme du mouvement, refusant de laisser à quiconque le monopole de l’héritage de la lutte. Pour légitimer sa position actuelle, le Président est revenu sur l’heure la plus sombre du mouvement : la dissolution de Pastef par décret le 31 juillet 2023. Un rappel historique crucial pour comprendre l’ingénierie politique qui a suivi. «La vérité est que Pastef n’existait plus. Le parti a été dissous... Mais il est rené de ses cendres après mon élection. C’est moi qui ai remis le décret signé par mon prédécesseur au président du parti», a-t-il expliqué. En insistant sur cette période de «mort clinique» administrative, Diomaye Faye souligne que sa candidature n’était pas seulement un plan B, mais l’unique bouée de sauvetage d’un projet promis à l’oubli. Cette narration présente son élection non pas comme une simple alternance, mais comme l’acte de résurrection légale de Pastef. L’analyse de ce discours révèle également une volonté de stabiliser sa coalition. En rendant hommage aux leaders qui ont «prêté leur récépissé» alors que le sien était confisqué, le chef de l’Etat fait preuve d’une reconnaissance stratégique. Il admet que sans cette solidarité inter-partis, le chemin vers le Palais aurait été barré par les verrous administratifs. Tout en remerciant ces alliés de circonstance devenus partenaires de gouvernance, il pose une limite claire : la gratitude n’est pas une dilution. Il gouverne avec la coalition, mais il pense avec le logiciel Pastef. L’équilibre des pouvoirs au sommet Cette fermeté inattendue dans le ton interroge sur les dynamiques internes de l’Exécutif. En réaffirmant son autorité historique sur le parti, Bassirou Diomaye Faye rappelle qu’il n’est pas un président par procuration. Il rééquilibre la balance symbolique, rappelant que si Ousmane Sonko est le visage de la «Révolution», lui en est l’aboutissement institutionnel et l’artisan de la survie. En somme, le message de Dakar est limpide : le Prési­dent ne se laissera pas enfermer dans un rôle de technicien de l’Etat. Il reste un militant de la première heure, fier de son bilan interne, et bien décidé à ce que l’histoire re­tienne son nom comme celui qui a transformé un parti dissous en un régime victorieux.

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