L’Afrique face à ses intellectuels cagneux : entre reniement et renoncement pervers
2026-01-29 - 12:44
Avant d’avancer quoi que ce soit, je souhaiterais citer quelques passages du philosophe, avocat et troisième Président du Sénégal, Me Abdoulaye Wade, extraits de son ouvrage Un destin pour l’Afrique. Il y écrit : «Pour la plupart des observateurs, l’Afrique a définitivement perdu la bataille du développement [...]. L’Occident prétend, et des intellectuels africains avec lui, que la culture nègre ignore la notion de liberté [...]. L’Occident prétend, et des intellectuels africains avec lui, que le Nègre n’a pas de philosophie [...]. L’Occident prétend, et des intellectuels africains avec lui, que nous n’avons pas d’idéologie [...]. On pourrait continuer la liste de ces faussetés développées par d’honorables experts...» Ce sont précisément ces mêmes intellectuels africains amnésiques qui affirment aujourd’hui, sur les places publiques, que l’Afrique n’a pas les moyens de ses ambitions. Ce qui est le plus préoccupant dans ces discours, ce n’est pas tant le regard extérieur (celui des Occidentaux), mais bien la posture adoptée par certains intellectuels, penseurs, professeurs et théoriciens africains qui, malgré le sang noir coulant dans leurs veines, s’engouffrent avec une vanité déconcertante dans un pessimisme galopant. Ils soutiennent, dans leurs récits, que l’Afrique, bien que déterminante pour l’humanité, ne connaîtra jamais la prospérité, la félicité, ni même le bonheur. Ces chercheurs constituent, à mes yeux, les principaux facteurs de la pauvreté africaine. Toutes les autres causes, quelles qu’elles soient, ne sont en réalité que subsidiaires. Au lieu de proposer des solutions idoines, au lieu de réfléchir à la manière de rendre notre continent (que beaucoup qualifient pourtant de continent de l’avenir) plus rayonnant et prospère, ils s’emploient, à mon grand dam, à affirmer le contraire. Micros en main, dans les débats publics comme dans les amphithéâtres, ils diffusent des récits aussi stériles qu’illusoires. Ils sont en train de pervertir la nouvelle génération par le biais de l’enseignement, en la rendant intellectuellement, psychologiquement et sociologiquement impuissante. Cela est d’autant plus dangereux que ces jeunes risquent de sombrer dans une stagnation totale, devenir statiques et privés de toute dynamique créatrice. Cette première partie de mon argumentaire se veut donc d’être un appel aux jeunes Africains, aux panafricanistes et à tous ceux dont le patriotisme est chevillé au corps que oui, l’Afrique a les moyens de ses ambitions ; oui, nous, la jeunesse africaine, pouvons réaliser l’impossible en le rendant possible. Nous portons l’Afrique dans nos cœurs et nous pouvons la rendre meilleure dans un avenir très proche. Nous n’avons pas le droit de renoncer à ce combat longtemps mené par nos pères, à l’instar de Patrice Lumumba, Thomas Sankara, Cheikh Anta Diop, et tant d’autres. Nulle part dans les textes théologiques, il n’est écrit que l’Afrique ne pourrait jamais se développer. Aucune loi divine ne le prédit. Si l’Afrique en est là aujourd’hui, c’est simplement parce que nous avons emprunté le mauvais chemin. Ne laissons pas prospérer ceux qui préfèrent passer sous les fourches caudines plutôt que de défendre leur honneur et leur Patrie. Pour clore cette première partie, je vous invite à méditer sur ces lignes de Rawane, qui ont valeur de maxime : «L’Afrique peut s’en sortir toute seule, comme une grande. Elle en a les possibilités : d’infinies potentialités physiques, naturelles et intellectuelles. Les conditions du succès sont à portée de main ; seuls le courage et la volonté suffisent pour se construire et s’extirper de l’étau du fatalisme avilissant et nauséabond.» Après cette étape d’alerte, interrogeons-nous à présent sur les causes et solutions de la pauvreté africaine. Quelques causes de la pauvreté en Afrique Parmi les causes du sous-développement, on évoque souvent une multitude de facteurs. Abordons d’abord la question cruciale de la mauvaise gouvernance de nos richesses minières. Selon les estimations de l’Onu, l’Afrique détient 30% des réserves mondiales de ressources minérales, 8% du gaz naturel, 12% du pétrole, 40% de l’or, et près de 90% des réserves mondiales de chrome et de platine. Les plus grandes réserves de cobalt, de diamant, de platine et d’uranium se trouvent également sur le continent. A cela s’ajoutent 65% des terres arables mondiales et 10% des ressources renouvelables d’eau douce. Il est donc évident que nos sous-sols regorgent de richesses. Nous sommes comblés par la nature. Mais la gestion fait défaut, le bradage est excessif. Une infime minorité s’accapare de ces richesses, laissant les «goor-goorlu» au bord du gouffre. Cela doit cesser. La corruption est le véritable fléau de l’Afrique. Aucune portion de nos territoires n’est épargnée : police, gendarmerie, institutions politiques et administratives, Société civile, etc., la liste est longue. La deuxième cause majeure est le défi de la souveraineté alimentaire. Comment accepter qu’en Afrique, malgré l’Océan atlantique qui nous ceinture, nous ne cultivions qu’au rythme des saisons ? Il est révoltant d’importer des denrées de première nécessité (riz, blé, etc.) alors même que nous sommes scientifiquement capables de nourrir les huit milliards d’êtres humains sur Terre. L’Europe est aujourd’hui confrontée à la récession, à des dettes excessives et à des économies vacillantes. Nous n’avons pas le droit d’attendre d’eux, ni d’ailleurs des Asiatiques, la moindre miette de pain. Avec une politique endogène cohérente, nous pouvons nous nourrir douze mois sur douze, et même venir en aide aux autres, comme l’Afrique l’a toujours fait au cours de l’histoire humaine. Nous ne devons rien attendre des bailleurs de fonds. C’est ma conviction, certes discutable. Après plus de cinquante-cinq ans de coopération, le résultat demeure inchangé : la pauvreté persiste. Les programmes de réduction de la pauvreté ont eu des effets marginaux. Ils n’ont pas la panacée. Le remède est chez nous, il n’est pas ailleurs. Selon la Banque mondiale, l’Afrique concentre aujourd’hui plus de 60% des personnes extrêmement pauvres, un taux qui pourrait atteindre 90% d’ici 2030. D’après Afrobaromètre, les pénuries alimentaires touchent plus de huit personnes sur dix au Congo-Brazzaville, au Niger, au Nigeria, en Mauritanie et en Angola. Les défis sont immenses, mais je demeure convaincu qu’avec courage, volonté politique, sacrifice et unité, nous pouvons combler ce fossé. Quelques solutions préconisées La première solution à prendre au sérieux est l’unité et l’intégration africaines. L’unité africaine demeure largement théorique ; nous ne la ressentons pas concrètement. Or, seule l’union peut jeter les bases d’un développement solide et durable. Repenser l’Union africaine est aujourd’hui plus qu’urgent, notamment pour se détacher de la tutelle occidentale et reprendre notre destin en main. Concernant la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf), l’idée est pertinente, mais des insuffisances majeures en compromettent l’efficacité. L’engagement et la sincérité font défaut ; nous devons respecter nos signatures et dépasser les rivalités territoriales. Une autre solution essentielle est le transfert de technologie. Aucun Etat ne peut aujourd’hui renoncer à la bataille du numérique, et l’Afrique accuse un retard considérable. Dans les années 1960, nous étions au même niveau que la Chine ; aujourd’hui, elle est une puissance mondiale. Elle s’est libérée par la maîtrise de la technologie et l’enseignement des sciences. Rien ne nous empêche d’en faire autant. La science est à la base de tout développement. Elle permettra aussi de réduire le chômage des jeunes, devenu une préoccupation majeure, bien que largement négligée par nos gouvernants. Enfin, la maîtrise démographique est cruciale. La population africaine devrait doubler d’ici 2050. Il est donc impératif de mettre en place une politique démographique assumée, proportionnelle à notre croissance économique. Ce n’est pas un tabou ; c’est un choix de responsabilité. En conclusion, rappelons-le : changer la donne n’est pas impossible. Ne perdons pas espoir. L’Afrique dispose de toutes les potentialités nécessaires pour se développer. Tournons le dos à ces intellectuels cagneux qui veulent nous faire croire que les autres peuvent, mais que nous ne le pouvons pas. Vive l’Afrique ! El Hadji Mbaye DIOP Etudiant en Master 2, Droit privé Ugb, Saint-Louis REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES : 1 – Wade, Abdoulaye, Un destin pour l’Afrique, Paris, Robert Laffont, 2011. 2 – Diop, Rawane, L’Afrique dans la globalisation : Une braderie sans fin, Paris, L’Harmattan, 2017. SITES: 1_www.afrobarometre.org 2_WWW.unep.org 3_https://www.afd.fr