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Ifan – Mobilité en Afrique : L’urgence de réinvestir les «Voies d’eau»

2026-03-25 - 18:03

Alors que l’urbanisation galopante sature les réseaux routiers du continent, le transport fluvial et maritime demeure le parent pauvre des politiques publiques. Réunis à Dakar, des experts internationaux et des chercheurs de l’Ifan préconisent un changement de paradigme : valoriser les infrastructures naturelles et s’appuyer sur les solutions endogènes pour fluidifier la mobilité urbaine et régionale. Par Amadou MBODJI – Le transport de demain en Afrique passera-t-il par ses fleuves et lacs ? C’est la question au cœur de la rencontre internationale organisée au Musée Théodore Monod par l’Institut fondamental d’Afri­que noire (Ifan Cheikh Anta Diop), en partenariat avec la Goethe Universität Frankfurt et le Centre Point Sud de Bamako. Le constat des spécialistes est sans appel : malgré un potentiel hydraulique immense, les «Voies d’eau d’Afrique» sont les grandes oubliées des stratégies de mobilité. Alors que c’était un angle mort de la recherche et des politiques publiques. Pour Peter Lambertz, anthropologue au Centre d’anthropologie culturelle de l’Université de Bruxelles, ce déséquilibre est flagrant, tant dans les investissements que dans la recherche académique. «Nous avons remarqué que face aux défis croissants du transport, dopés par la croissance démographique et l’urbanisation, il existe un manque remarquable de recherches liées à l’eau», explique-t-il. Selon l’expert, les sciences sociales et humaines ont jusqu’ici largement privilégié le domaine routier. Pourtant, dans les régions maritimes et fluviales, rien n’est plus vital que ce qui circule sur l’eau. Pour illustrer ce paradoxe, le chercheur cite les cas de Lagos et de Kinshasa, des mégapoles étouffées par les embouteillages. A Kinshasa, par exemple, le fleuve Congo représente une artère naturelle sous-exploitée, qui pourrait pourtant relier efficacement l’aéroport au centre-ville. Rompre avec les solutions «clés en main» L’un des enjeux majeurs de cette rencontre est de réhabiliter le savoir local. Trop souvent, les experts en développement tentent d’imposer des modèles standardisés, importés d’ailleurs, qui ignorent les réalités géographiques et culturelles du terrain. «A travers des études anthropologiques, historiques et géographiques, nous comprenons qu’il existe déjà, à la base, des solutions complexes développées par des acteurs locaux au fil du temps», souligne Peter Lambertz. L’objectif est désormais de rendre ces pratiques visibles pour qu’elles soient intégrées aux processus de décision globale après avoir rappelé que l’eau est une infrastructure à part entière. Issa Fofana, co-directeur de Point Sud, abonde dans ce sens. Pour lui, le retard de l’Afrique dans ce domaine provient d’une erreur de perception : les cours d’eau et les mers sont perçus comme des éléments de la nature et non comme des infrastructures de transport de plein droit. Cette approche incomplète de la mobilité prive le continent d’atouts naturels précieux. En redonnant aux voies d’eau leur place stratégique, le Sénégal et ses voisins pourraient non seulement désengorger leurs routes, mais aussi renouer avec une histoire de navigation qui a longtemps structuré les échanges sur le continent. ambodji@lequotidien.sn

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