Foncier à Grand-Yoff : La mairie et les populations sur le pied de guerre
2026-03-10 - 13:18
Entre menaces d’expulsion de familles historiques et spoliation d’équipements publics, la commune de Grand-Yoff traverse une crise foncière sans précédent. Lors d’un point de presse tenu hier, l’adjoint au maire, El Hadji Malick Guèye, a dénoncé une «psychose» généralisée et fustigé l’attribution de baux et de titres fonciers sur des emprises stratégiques sans concertation avec la municipalité. Face à ce qu’elle qualifie de «dérive inquiétante», la mairie appelle l’Etat à un audit urgent et annonce une marche de protestation ce mercredi. Une commune «menacée de toutes parts» ? Le climat est lourd à Grand-Yoff. Depuis quelque temps, le sommeil des habitants est troublé par l’ombre de l’expulsion. La municipalité elle-même n’est pas épargnée, voyant son patrimoine bâti et ses services publics convoités par des intérêts privés. «Notre territoire est menacé par des opérations de déguerpissement et des attributions foncières contestables qui fragilisent aussi bien les équipements publics que les populations les plus vulnérables», a alerté El Hadji Malick Guèye. Selon l’adjoint au maire, on assiste à une recrudescence de titres fonciers délivrés au mépris des règles d’urbanisme et de la domanialité publique. Des sites emblématiques dans le collimateur Pour illustrer la gravité de la situation, l’édile a énuméré plusieurs cas critiques : une superficie de 88 m2 au sein même du service de l’état civil est revendiquée par un particulier pour y construire une boulangerie. Quid du drame de Khar Yalla ? 22 familles vivent sous la menace d’une expulsion imminente suite à la production d’un titre de propriété par un tiers, au nom de son défunt père. Des portions du Stade municipal auraient été cédées à des particuliers par la Sn Hlm, tout comme des emprises de voiries (trottoirs et espaces de circulation. Le marché de porc, site historique (existant depuis 1989), voit 500 m2 de sa surface attribués via un bail à l’Eglise protestante, une décision confirmée par la Dscos (Direction générale de la surveillance et du contrôle de l’occupation des sols). «Ces baux sont délivrés sans avis préalable des collectivités locales, sans enquête publique, et sans aucune prise en compte des réalités sociales», déplore M. Guèye. L’appel à l’arbitrage de l’Etat Refusant de laisser «l’irréparable» se produire, la commune de Grand-Yoff interpelle solennellement les autorités supérieures pour : suspendre immédiatement toute procédure de cession sur des équipements publics ou zones d’habitation, lancer un audit technique et juridique de l’ensemble des titres et baux émis récemment sur le territoire et respecter le Code général des collectivités territoriales en associant la mairie à chaque décision d’affectation du sol. «Grand-Yoff n’est pas une terre sans maître», a martelé l’adjoint au maire, rappelant que la ville est le fruit de l’effort collectif de ses habitants. En signe de protestation, une marche est prévue ce mercredi vers le site de «Bignona» pour s’opposer fermement au projet d’occupation du marché par l’Eglise protestante. justin@lequotidien.sn