Exposition – Bàkku au Musée des civilisations noires : Pour une architecture à l’identité totalement africaine
2026-02-09 - 12:49
Faire en sorte de disposer d’une architecture identitaire africaine est la volonté affichée par les architectes du continent africain. Ils comptent sur cette exposition internationale qui se tient à Dakar depuis le 5 février, et ce pendant un mois, pour promouvoir le concept Bàkku. Le vernissage de cette exposition s’est tenu samedi dernier au Musée des civilisations. Par Amadou MBODJI – L’art et l’architecture sont indissociables. Ce sont deux secteurs qui entretiennent un rapport intrinsèque. C’est l’avis Massamba Diop, président de l’Ordre des architectes du Sénégal. «L’architecture est issu de l’art. Donc forcément, puisqu’elle fait partie aujourd’hui des sept merveilles comme on les classe, il faudrait comprendre qu’on ne peut pas faire de l’architecture sans de l’art. Sinon, ce qu’on fait serait autre chose que de l’architecture. On va avoir des productions sans valeur. Et s’agissant du niveau d’art qu’on va avoir, de la réponse de la prise en compte de l’art dans l’architecture, on ne peut l’illustrer que par un exemple pertinent. Ainsi, quand il s’est agi de faire le Mémorial des Tirailleurs, nous avons réfléchi et nous sommes dit : qu’est-ce qui liait les Tirailleurs à la terre ? D’où ils venaient ? On a vu que c’était le jeu Awalé. Et dans notre projet, sur l’esplanade où devait se trouver le mémorial, nous allons traduire le souvenir avec le jeu Awalé, et ce jeu Awalé qu’on a mis sur l’esplanade, pour nous permettre de ressortir une architecture, une esplanade typiquement africaine, répondant à nos soucis. Et surtout, ayant cet aspect africain avec le Awalé, qu’on voyait avec les différentes boules qu’il y avait, avec des caractères dessus qui retracent l’histoire des Tirailleurs. Cela est un exemple qui montre comment intégrer l’art dans l’architecture.» Massamba Diop s’exprimait lors de l’inauguration du Bàkku, une exposition internationale voulue pour interroger l’architecture et la création contemporaine africaines. Organisée du 5 février au 5 mars 2026 au Musée des civilisations noires, cette exposition regroupe des architectes issus du continent africain. Cette rencontre d’un mois propose une réflexion sur les transformations urbaines et culturelles du continent africain, marquées par la standardisation des villes, la perte de mémoire architecturale et l’importation de modèles exogènes. Elle réunit architecture, arts visuels et recherche critique, afin d’explorer des formes de création ancrées dans les réalités sociales, climatiques, et pensée critique en Afrique. Disposer d’une architecture identitaire africaine est ce à quoi s’emploie l’architecture africaine. Massamba Diop, président de l’Ordre des architectes du Sénégal, l’a souligné en insistant sur ce qui explique la tenue d’une exposition avec la mise en avant du Bàkku. «C’est un concept qu’on va développer. C’est vrai que ce ne sera pas facile, parce que c’est un concept nouveau qu’on va mettre en place. A la façon du Bauhaus en Allemagne, quand la guerre était finie, il fallait bien un concept, il fallait bien une façon de penser, une ligne directrice de pensée qui permettait aux Européens de pouvoir développer leur architecture. Nous aussi avons lancé le Bakku. Et puisque les différentes contrées d’Afrique sont en train de se l’accaparer, ça va faire qu’on va pouvoir discuter et générer une architecture qui réponde totalement aux critères du Bákku. Nous l’avons conceptualisé, nous avons envoyé les éléments de conceptualisation. Maintenant, les différents ordres vont apporter leur input dans le cadre de cette conceptualisation. Et on aura une idée générale par rapport à la conception.» Il a ajouté qu’à la suite de cela, «on va avoir les lignes directrices qui nous permettront d’avoir une architecture identitaire africaine». Le Sénégal se veut être un leader en matière d’art et de culture en Afrique de l’Ouest, et l’adoption du concept Bákku par les pays africains en est un témoignage éloquent. L’initiative du Bákku a réussi à rassembler des architectes de 24 pays différents, ce qui montre l’intérêt et l’engagement des professionnels de l’architecture pour cette idée. L’adoption du Bakku par l’Union des architectes d’Afrique est un grand pas en avant, car cela signifie que les 43 pays membres de l’union sont désormais engagés à promouvoir une architecture identitaire et inclusive en Afrique. ambodji@lequotidien.sn