Environnement – Baie de Hann : L’Etat accélère la grande opération de dépollution
2026-03-10 - 13:18
De joyau balnéaire à zone sinistrée, la Baie de Hann joue aujourd’hui son va-tout. Avec un taux d’exécution atteignant 95% pour la station d’épuration, le projet de dépollution entre dans sa phase finale. Mobilisation des partenaires, nouvelles redevances pour les industriels et raccordement des ménages : plongée au cœur d’une opération de reconquête écologique sans précédent au Sénégal. Par Abdou Latif Mohamed MANSARAY – Longtemps défigurée par la pollution industrielle et urbaine, la Baie de Hann entame sa métamorphose. Le ministre de l’Hydraulique et de l’assainissement, le Dr Cheikh Tidiane Dièye, a récemment fait le point sur ce chantier colossal de 124 milliards de F Cfa. Entre infrastructures de pointe et régulation stricte des rejets industriels, le Sénégal mobilise ses partenaires pour rendre à ce site historique son éclat d’autrefois. C’est un tournant décisif pour la reconquête écologique. La restauration de la Baie de Hann entre dans une phase opérationnelle majeure. En présidant le comité de pilotage du projet à la station d’épuration de Petit-Mbao, le ministre de l’Hydraulique et de l’assainissement, le Dr Cheikh Tidiane Dièye, a affiché sa détermination à lever les derniers obstacles. Avec un financement global de plus de 124 milliards de francs Cfa mobilisé auprès de partenaires internationaux (Afd, Union européenne, Invest International, China Development Bank), l’objectif est clair : accélérer la renaissance de celle qui fut jadis l’une des plus belles baies au monde. «La dépollution de la Baie de Hann est aujourd’hui à un tournant. Les infrastructures sortent de terre, et nos partenaires sont pleinement engagés. Notre responsabilité est de transformer ces efforts en résultats concrets pour les populations», a martelé le ministre. Des chantiers en phase de finition Inscrit parmi les priorités du Président Bassirou Diomaye Faye et du Premier ministre Ousmane Sonko, le projet affiche des taux d’exécution encourageants : selon les données présentées lors du comité de pilotage, plusieurs composantes affichent des taux d’exécution avancés. L’intercepteur principal est réalisé à 82%, la station d’épuration d’une capacité de 25 000 m3 par jour atteint 95%, tandis que le raccordement des industriels progresse à 87%. L’assèchement du canal 6 et le raccordement des ménages enregistrent respectivement 50 et 35% d’avancement. Pour le Dr Cheikh Tidiane Dièye, ces chiffres témoignent d’une dynamique irréversible. Toutefois, l’enjeu dépasse la simple construction d’ouvrages : il s’agit d’instaurer une gouvernance rigoureuse pour prévenir toute pollution future, responsabiliser les industriels avec la stratégie du «Pollueur-payeur» en marche. Pour pérenniser l’investissement, l’Etat mise sur la régulation. Un arrêté interministériel fixant la redevance d’assainissement industriel a été signé, et une convention de déversement est en cours de finalisation avec près de 120 entreprises. Parallèlement, un mécanisme d’accompagnement technique et financier est à l’étude. Il vise à aider les industriels à s’équiper de systèmes de prétraitement, garantissant que les effluents rejetés ne saturent pas les nouvelles infrastructures. Un impact social et économique majeur Au-delà de la prouesse technique, c’est le quotidien de plus de 500 000 habitants qui va changer. Les communes de Hann Bel-Air, Dalifort, Thiaroye-sur-Mer, Mbao, Guinaw Rail (Nord et Sud), Thiaroye Gare, Tivaouane Diacksao et Diamaguène Sicap-Mbao sont les premières bénéficiaires de cette amélioration du cadre de vie. La réussite de ce chantier ne se mesurera pas seulement à la pureté de l’eau, mais aussi à la relance de l’économie locale : pêche artisanale, tourisme et activités de plaisance devraient à terme reprendre leurs droits. «Notre ambition est de faire de la Baie de Hann le symbole de la reconquête environnementale du Sénégal», a conclu le ministre. latifmansaray@lequotidien.sn