TheSenegalTime

Dr Oussouby Sacko, Directeur exécutif de la Tokyo metropolitan university, sur la crise universitaire : «La gouvernance est lourde»

2026-02-07 - 12:49

En visite au Sénégal pour promouvoir la Tokyo metropolitan university (Tmu) et attirer des étudiants locaux, Dr Oussouby Sacko, Directeur exécutif de la Tmu, analyse sans détour la gouvernance des universités africaines : «Nos universités sont des machines très lourdes.» Il oppose ce constat au système japonais ultra-structuré, qu’il juge adaptable pour améliorer la qualité et l’insertion au Sénégal. Par Malick GAYE – Dr Oussouby Sacko, Direc­teur exécutif de la Tokyo metropolitan university (Tmu), ne cache pas son diagnostic : les universités sénégalaises et africaines souffrent d’une gouvernance «très lourde». Inter­médiaires aux rôles flous, centralisation excessive, instabilité politique (changements de ministres ou doyens) et absence de suivi des missions ou accords internationaux créent un système où «beaucoup de choses nous échappent». Il cite l’exemple de l’Université Chei­kh Anta Diop (Ucad) : prévue pour 30 000 étudiants, elle en accueille près de 91 000, rendant l’insertion professionnelle quasi impossible. Face à cela, le professeur malien vante le modèle nippon, appliqué à la Tmu et dans les universités japonaises. Au cœur : le cycle Pdca (Plan-Do-Check-Act) obligatoire à tous les niveaux. «Vous avez fait un plan, il faut l’appliquer, le contrôler, le réviser», résume-t-il. Les professeurs préparent leurs cours, les dispensent, puis les évaluent mutuellement avec les étudiants. Et en cas d’évaluations négatives, l’université exige des ajustements, explique-t-il. Le ratio étudiants-professeurs (S/T) est strict et adapté par discipline, selon Dr Sacko. Entre 810 en architecture, 15 en histoire, 6 en biologie, précise-t-il. Au-delà, le suivi individuel devient impossible, dit-il. Ce qui est un contraste saisissant avec la surcharge sénégalaise. Selon Dr Sacko, le contrôle qualité combine self-control interne et audits externes tous les 7 ans par le ministère et des agences indépendantes. Ce qui peut découler sur des sanctions réelles. Cette rigueur s’étend au suivi des missions et à l’insertion, selon Dr Sacko. «Les jeunes sont dynamiques ; un petit budget suffit pour lancer quelque chose», note Dr Sacko. Pour le Sénégal, il propose des adaptations progressives. Il conseille de diviser les méga-universités en entités plus petites, fixer des ratios S/T par département, introduire l’évaluation profs-étudiants et renforcer le Pdc sur des filières-pilotes. «Si on a un système de gouvernance très strict, nos universités peuvent s’en sortir», assure-t-il, malgré l’instabilité politique. Cette visite s’inscrit dans l’ouverture internationale de la Tmu : l’université tokyoïte, forte en architecture et recherche, vise à accueillir plus d’étudiants sénégalais via des bourses et des échanges. Un pont pour importer l’excellence et la rigueur ? Le défi reste immense, mais l’exemple japonais inspire. mgaye@lequotidien.sn

Share this post: