Bataille judiciaire à Versailles : La défense déchire la demande d’extradition
2026-02-04 - 12:40
Devant la Chambre de l’instruction près la Cour d’appel de Versailles, la défense de Madiambal Diagne conteste fermement la demande d’extradition émise par Dakar. Entre accusations d’instrumentalisation politique, irrégularités procédurales et risques de traitements inhumains, ses conseils plaident pour un refus systématique de la part de la Justice française. Dans un mémoire de défense de plus de 40 pages, elle a déconstruit la demande d’extradition formulée par Dakar en dénonçant une «vendetta politique» déguisée en procédure judiciaire. Plongée dans les coulisses d’un dossier où s’entrechoquent diplomatie, droits de l’Homme et liberté de la presse. Par Bocar SAKHO – Hier, l’ambiance était électrique devant la Chambre de l’instruction de la Cour d’appel de Versailles. Au centre des débats : le sort de Madiambal Diagne, figure incontournable du paysage médiatique sénégalais, visé par un mandat d’arrêt international pour des faits présumés de «détournement de deniers publics» et «blanchiment de capitaux» sur la base d’un rapport controversé de la Centif exploité par le Pool judiciaire financier, qui a lancé les procédures judiciaires en cours contre la famille Diagne. Pour ses avocats, Mes William Bourdon et Vincent Brengarth, ce dossier n’est rien d’autre qu’une «vendetta politique» déguisée en procédure judiciaire. Une procédure marquée par des «zones d’ombre». La défense pointe d’abord une série de vices de forme qui, selon elle, rendrait la demande d’extradition caduque. Elle souligne que la demande a été signée par un juge d’instruction et non par le gouvernement sénégalais, en violation de la Convention bilatérale de 1974. De plus, aucun tampon officiel n’attesterait de la réception régulière du dossier par le ministère de la Justice français. Plus troublant encore, les faits reprochés demeurent «remarquablement vagues et lacunaires». Malgré un supplément d’information ordonné par la Cour, les autorités sénégalaises n’auraient fourni aucune précision sur le rôle exact de M. Diagne dans les flux financiers incriminés, ni sur les dates précises des agissements. L’ombre d’une persécution politique Pour le camp de la défense de M. Diagne, l’origine des poursuites est à chercher dans la proximité du journaliste avec l’ancien Président Macky Sall et son ton critique envers l’actuel gouvernement de Ousmane Sonko. Le mémoire rappelle que M. Diagne a déjà subi de multiples pressions et auditions pour des délits de presse depuis l’alternance politique de mars 2024. L’arrestation et la détention de plusieurs membres de sa famille dont sa femme et ses deux fils, sont présentées comme un moyen de pression directe. «Cette sélectivité incompréhensible dans les poursuites est une preuve supplémentaire du motif politique», martèlent ses conseils. Des craintes sur les conditions de détention Enfin, le mémoire s’alarme des conditions de sécurité et de santé qui attendraient le journaliste au Sénégal. S’appuyant sur des rapports de l’Onu et d’Amnesty International, la défense évoque un risque réel de «détention arbitraire» et de «traitements inhumains». Le cas de Mme Mabintou Diagne, maintenue en détention malgré une pathologie cardiaque grave avant d’être finalement libérée sous bracelet électronique, est cité comme un précédent inquiétant. Alors que le Procureur général a requis un avis favorable à l’extradition, la Cour d’appel de Versailles doit désormais trancher : livrer le journaliste à Dakar ou considérer que les garanties d’un procès équitable ne sont pas réunies. Délibéré le 3 mars prochain, alors que la défense s’attend à un refus ferme. bsakho@lequotidien.sn