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Aviculture – Importation illicite : 20 millions de poulets entrent sur le marché noir

2026-03-19 - 13:23

La filière avicole fait face à une agression économique et sanitaire sans précédent qui menace sa survie et la santé des populations, alerte l’Interprofession avicole du Sénégal. Face à la presse hier, l’Ipas a fait état de 20 millions de poulets introduits frauduleusement sur le marché local. Par Alioune Badara NDIAYE (Correspondant) – Le poulet de chair serait introduit frauduleusement sur le marché local à des proportions inquiétantes, provoquant une réelle hémorragie économique et sociale. L’Inter­profession avicole du Sénégal (Ipas), qui en a fait la révélation hier, lors d’un point de presse à son siège à Diamniadio, a ainsi appelé les citoyens à se détourner de ces circuits frauduleux au profit de la production locale qui parvient à couvrir la demande. «Si la filière avicole a prouvé sa capacité à assurer l’autosuffisance du pays grâce aux mesures de protection sanitaire en vigueur depuis 2005, elle fait face aujourd’hui à une agression économique et sanitaire sans précédent qui menace sa survie et la santé de nos concitoyens», a alerté Dr El Hadji Mamadou Diouf, président de l’Ipas. «Notre marché est inondé par des flux informels massifs provenant de marchés limitrophes dont les volumes d’importation dépassent largement les capacités de consommation locale», a-t-il poursuivi dans sa lecture de la déclaration liminaire. «Le constat technique, basé sur des flux de réexportation massifs dans la sous-région, est accablant : près de 30 000 tonnes de surplus, soit 20 millions de poulets, inondent frauduleusement nos étals», a-t-il fait comprendre, évoquant un manque à gagner de 124 milliards de francs Cfa pour notre économie avec cette fraude. Cette pratique délictuelle, à l’en croire, impacte défavorablement la souveraineté industrielle, les emplois, ainsi que la fiscalité avec des pertes de près de 4, 8 milliards de francs Cfa par année pour le Trésor public. «Au-delà de l’économie, c’est la santé des familles qui est sacrifiée par des réseaux mafieux pour des profits faciles», a-t-il rappelé, dénonçant un processus sanitaire hors de contrôle pour ces produits que l’Ipas qualifie de «poulets morgues». «Ces poulets subissent des cycles de congélation et de décongélation non maîtrisés, favorisant la prolifération bactérienne et de risques de détoxination des consommateurs (...) ces importations ne garantissent ni la date de production ni le respect des normes vétérinaires nationales et internationales», a relevé Dr Diouf sur ce registre. L’Ipas s’est ainsi félicitée des interceptions de ces produits réalisées par la Douane, indiquant se constituer désormais partie civile contre tout fraudeur ou revendeur identifié dans ces réseaux de trafic. Pape Moussa Guèye, président des accouveurs, a fait état d’une production locale comprise entre 75 et 80 millions de poulets pour une consommation de 5.5 kg/hbt/an contre 17 kg pour la moyenne mondiale. «Même si le Sénégal est autosuffisant, les Sénégalais ne consomment pas assez de poulet de chair (...) Le coût de production est encore cher, et c’est ce qui justifie le taux de consommation. Des efforts colossaux doivent être faits pour augmenter la compétitivité», a-t-il noté. L’Ipas a aussi profité de l’occasion pour annoncer la disponibilité de poulets pour les fêtes de Korité et de fin de Carême. «Le poulet local est disponible en quantité suffisante sur l’ensemble du territoire», rassure le président de la structure. abndiaye@lequotidien.sn

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