Assemblée – Reddition des comptes : Ousmane Sonko fustige les blocages judiciaires
2026-02-25 - 13:07
«Dossiers yi amatumassi yaakaar» (Je n’ai plus d’espoir pour ces dossiers). C’est par ce constat amer que le Premier ministre Ousmane Sonko a exprimé sa frustration face aux députés, ce mardi, lors de la séance des questions d’actualité. Le chef du gouvernement accuse une partie de l’appareil judiciaire de freiner, voire saboter, l’un des piliers majeurs de la «3e alternance» : la reddition des comptes. Le bras de fer avec les autorités judiciaires ne finit pas. Le Premier ministre n’a pas utilisé de gants pour désigner ce qu’il considère comme le maillon faible de la lutte contre l’impunité. Selon lui, les dossiers emblématiques impliquant des dignitaires de l’ancien régime sont aujourd’hui en péril. «Ces dossiers risquent purement et simplement de tomber à l’eau», a-t-il averti, pointant du doigt des autorités judiciaires qu’il accuse ouvertement de «passer leur temps à mettre tout à néant». Cette sortie traduit un malaise profond entre l’Exécutif, qui a fait de la traque des biens mal acquis une promesse de campagne, et une partie de la Magistrature perçue comme un frein à cette dynamique. Le mystère des 7600 milliards de francs Cfa Au-delà des procédures, c’est l’ampleur des sommes en jeu qui alimente le courroux du Premier ministre. Ousmane Sonko a interpellé l’opinion sur la gestion de la dette sous le régime de Macky Sall, affirmant que 7600 milliards de francs Cfa ont été contractés «sur le dos des Sénégalais». «Où est passé cet argent ?», s’est-il indigné, dénonçant un décalage insupportable entre le quotidien des populations et l’impunité des anciens dirigeants. Pour lui, il est inadmissible de demander aux citoyens de patienter et de consentir des sacrifices alors que les responsables présumés de ces malversations «n’ont rien enduré». Sa mise en garde est désormais assortie d’une condition majeure pour la suite de son programme : «Nous demandons des sacrifices, mais il est impératif que justice se fasse. Si on ne fait pas le travail pour que ceux qui sont impliqués rendent compte, je ne demanderai plus aux Sénégalais de faire des sacrifices.» «Les Sénégalais ne patienteront pas indéfiniment» Face à ce qu’il perçoit comme une tentative délibérée de «libérer ceux qui sont impliqués», Ousmane Sonko annonce une reprise en main imminente de l’appareil d’Etat. «Nous mettrons les hommes qu’il faut à la place qu’il faut pour que les comptes soient rendus», a-t-il averti, rappelant que la patience populaire a ses limites. Malgré son exaspération face à l’issue judiciaire des procédures, Ousmane Sonko a tenu à saluer la rigueur des organes de vérification administrative. Le travail de l’Inspection générale d’Etat (Ige), de la Cour des comptes et de la Centif (Cellule nationale de traitement des informations financières) a été vigoureusement défendu par le chef du gouvernement. Il a rendu hommage à leur engagement dans la mise à nu des irrégularités financières supposées héritées du régime précédent, estimant que le diagnostic technique est, pour sa part, une réussite. En exprimant ses regrets de manière aussi frontale, le Premier ministre place les autorités judiciaires face à leurs responsabilités devant l’opinion publique. Ce cri du cœur souligne un paradoxe de taille : si les institutions de contrôle ont bien identifié les malversations, l’étape de la sanction judiciaire, elle, semble s’enliser dans des procédures que le Premier ministre juge obstructives.