Assemblée nationale – Médias au Sénégal : Le Cnrm succède au Cnra pour une régulation à l’ère du numérique
2026-03-04 - 13:17
Vers une nouvelle ère de régulation numérique au Sénégal : l’Assemblée nationale a adopté hier le projet de loi créant le Conseil national de régulation des médias (Cnrm). Remplaçant le Cnra, cette nouvelle autorité voit son champ d’action s’étendre désormais à la presse écrite, en ligne, ainsi qu’aux réseaux sociaux et aux créateurs de contenus, avec pour mission de moderniser l’espace médiatique face aux défis de la désinformation et des mutations technologiques. Par Justin GOMIS – L’Assemblée nationale a voté hier le projet de loi n°04/2026 portant création et organisation du Conseil national de régulation des médias (Cnrm). Cette nouvelle instance, qui remplace le Conseil national de régulation de l’audiovisuel (Cnra), marque un tournant majeur dans l’encadrement des contenus médiatiques et numériques au Sénégal. Face à l’évolution fulgurante des technologies, le cadre juridique de 2006 était devenu obsolète. Le ministre de la Communication, des télécommunications et du numérique, M. Alioune Sall, a présenté devant les députés un «projet de loi ambitieux», visant à moderniser la régulation pour l’adapter aux défis contemporains. Un périmètre d’action élargi aux réseaux sociaux La grande innovation de ce texte réside dans l’extension du champ de compétence du régulateur. Désormais, le Cnrm ne se limitera plus à l’audiovisuel classique. Son autorité s’étendra à la presse écrite et la presse en ligne, aux plateformes numériques et de partage, aux créateurs de contenus (influenceurs, activistes) et aux médias étrangers accessibles sur le territoire national. L’objectif affiché est de lutter plus efficacement contre les dérives telles que la désinformation, les injures, la cybercriminalité et les contenus attentatoires à la dignité humaine. Le futur collège du Cnrm passera de 9 à 12 membres pour intégrer davantage de profils techniques. Bien que rattaché à la Présidence pour des raisons budgétaires, le ministre a réaffirmé son statut d’autorité administrative indépendante. Les membres seront choisis suite à un appel à candidatures transparent, avec un comité de sélection où l’Assemblée nationale sera représentée. Des moyens renforcés et des sanctions dissuasives Pour assurer ses missions, le Cnrm bénéficiera de ressources accrues, notamment par le prélèvement de 10% des redevances versées par les prestataires étrangers émettant au Sénégal. L’instance disposera également d’un pouvoir de sanctions pécuniaires à l’encontre des organes de presse et des usagers des réseaux sociaux en cas de transgression des lois. Le cas TikTok et l’Intelligence artificielle Lors des débats, les commissaires ont exprimé leurs inquiétudes face aux contenus générés par l’Intelligence artificielle, et ont même évoqué l’éventualité d’une interdiction de TikTok. Sur ce point, le ministre Sall a préconisé l’encadrement plutôt que la censure, soulignant que ces plateformes constituent aussi des leviers économiques pour de nombreux Sénégalais. Le projet de loi a été adopté par les députés, témoignant d’un consensus national sur la nécessité de «nettoyer» l’espace numérique tout en préservant la liberté d’informer. justin@lequotidien.sn