Assemblée – Affaire du Parc des technologies numériques : Les dessous du dossier qui envoie Me Moussa Bocar Thiam devant la Haute cour
2026-02-28 - 13:06
L’Assemblée nationale a franchi une étape décisive hier, en adoptant la mise en accusation de l’ancien ministre de la Communication, des télécommunications et du numérique. Au cœur de l’affaire : un présumé détournement de plus de 1, 4 milliard de F Cfa, des chèques libellés au nom du ministère et endossés au profit de deux sociétés de Mme Amy Samaké, et des travaux «fantômes» au Parc des technologies numériques de Diamniadio. Les détails d’un dossier qui a précipité la traduction de Me Thiam devant la Haute cour de justice. Par Justin GOMIS – L’Assemblée nationale a voté hier la mise en accusation du ministre Moussa Bocar Thiam devant la Haute cour de justice. La machine judiciaire s’est emballée suite à une saisine de la ministre de la Justice, Garde des sceaux, en date du 5 août 2025. Le rapport de la Commission des lois, présenté par Mme Béatrice Germaine Tening Faye, révèle que l’enquête de la Section de recherches de Dakar a mis au jour un système de gestion pour le moins hétérodoxe des fonds publics au sein du ministère alors dirigé par Me Moussa Bocar Thiam. Tout commence en mars 2024, lors de la concession du Parc des technologies numériques (Ptn) à la société Ewan Assets pour 15 millions d’euros. Dès que le premier tiers de la redevance (5 millions d’euros) est versé sur le compte «Senegal Connect», le ministre Thiam donne des «instructions d’urgence» pour mobiliser une partie des fonds. Trois chèques, d’un montant global de 2 351 790 600 F Cfa, sont alors émis par le coordonnateur du Ptn. Ces chèques sont libellés directement par le ministère de la Communication et des télécommunications au profit de deux sociétés privées (Romou Sasu et Sortracorp Sas) appartenant à Mme Aminata Marie Samaké. Les fonds étaient officiellement destinés à des aménagements d’urgence en vue d’une visite du Président Macky Sall. Cependant, les investigations techniques menées par l’Ageroute ont révélé des anomalies supposées majeures : une plateforme facturée à 901 355 000 F Cfa (650m de long sur 27m de large) est restée introuvable sur le site. Alors que les travaux réellement exécutés ont été évalués à environ 875 millions de F Cfa, plus de 2, 3 milliards ont été décaissés, soit un écart injustifié de 1 476 462 766 F Cfa, d’après la résolution. Aucune procédure d’appel d’offres n’a été respectée. Selon le rapport de mise en accusation, ni la Direction centrale des marchés publics (Dcmp) ni l’Arcop n’ont été saisies. Les chefs d’accusation : un arsenal pénal lourd L’enquête ne s’arrête pas aux malversations financières présumées. Elle a également révélé des mouvements de fonds (dépôts et retraits) à hauteur de 796 186 442 F Cfa. En conséquence, la résolution adoptée à l’unanimité par la commission vise trois chefs d’accusation graves : association de malfaiteurs, détournement de deniers publics portant sur 1, 476 milliard de F et blanchiment de capitaux. La défense de l’ancien ministre Si Mme Samaké reconnaît avoir travaillé directement avec le ministre, elle soutient que les travaux ont été réalisés et qu’on lui avait assuré qu’il ne s’agissait pas d’un marché public classique, mais de «fonds extérieurs». De son côté, Me Moussa Bocar Thiam, qui a déjà dénoncé une «cabale», devra désormais s’expliquer devant les juges de la Haute cour de justice, seule juridiction habilitée à juger les ministres pour des actes commis dans l’exercice de leurs fonctions. La Commission des lois a insisté sur le fait que cette mise en accusation n’est pas une condamnation, mais un acte nécessaire pour permettre à la Justice de faire la lumière, tout en respectant la présomption d’innocence. justin@lequotidien.sn