Alerte – Mouhamadou Nabi Kane, Dg du Cuad : «Le Sénégal souffre d’un déficit criant d’architectes»
2026-03-02 - 13:17
Alors que le Sénégal ambitionne de moderniser son paysage urbain, le constat dressé par Mouhamadou Nabi Kane est sans appel : le pays manque cruellement de bâtisseurs. En marge de la présentation de l’ouvrage «Dakar, Traces et Horizons», le Directeur général du Collège universitaire d’architecture de Dakar (Cuad) a alerté sur un ratio alarmant d’un seul architecte pour 100 000 habitants, plaidant pour une formation massive afin de reprendre en main l’esthétique et la fonctionnalité de nos cités. Par Amadou MBODJI – Un gap alarmant face aux standards internationaux : le diagnostic est sévère. Pour l’architecte, urbaniste et géographe Mouhamadou Nabi Kane, l’Administration sénégalaise est quasiment démunie de spécialistes du cadre de vie. «L’Administration ne compte que deux architectes. Ils ne peuvent pas contrôler Dakar, encore moins le Sénégal tout entier», déplore le Dg du Collège universitaire d’architecture de Dakar (Cuad). Les chiffres qu’il avance illustrent l’ampleur du défi : avec 1 architecte pour 100 000 habitants, le Sénégal est loin derrière ses voisins comme le Maroc ou la Tunisie (11 pour 100 000), et à des années-lumière de la France (45) ou de la norme européenne qui culmine à 80. Pour lui, résorber ce gap est une condition sine qua non au développement : «Si l’on veut que nos villes et notre architecture s’améliorent, il faut des professionnels. Sinon, ce sont d’autres qui viendront dessiner l’urbanisme du Sénégal à notre place.» «Dakar, Traces et Horizons» : la ville racontée par ses acteurs Ce plaidoyer s’est tenu lors du lancement de «Dakar, Traces et Horizons», un ouvrage collectif publié aux Editions Vives Voix. Ce livre est le fruit de 18 années de recherches et de projets menés par les étudiants du Cuad, depuis sa création en 2008. «Le collège a pour matière première la ville. Nos étudiants ont énormément travaillé sur Dakar et sa banlieue. Ce livre met en exergue ce travail, tout en ouvrant le débat à d’autres disciplines», explique M. Kane. L’ouvrage ne se limite pas à l’aspect technique. Il croise les regards de philosophes, journalistes, historiens, mais aussi de simples citoyens, d’artistes et de chanteurs. Ensemble, ils explorent l’identité d’une presqu’île en mutation, entre les vestiges du passé et les défis d’une métropole moderne, verte et résiliente face aux changements climatiques. La ville : un organisme vivant Pour Mme Gaëlle Samb, directrice des Editions Vives Voix, ce cinquième ouvrage consacré à la capitale sénégalaise confirme l’engagement de sa structure pour la culture urbaine. «Pour nous, une ville n’est pas un simple décor. Elle est faite d’habitants ; elle est vivante, vibrante et passionnante», souligne-t-elle. A travers ces pages, Dakar se dévoile comme un espace en perpétuelle construction, où chaque trace du passé est un horizon pour demain, à condition que le pays se donne enfin les moyens humains de son architecture. ambodji@lequotidien.sn