TheSenegalTime

8 Mars – Féminicides au Sénégal : La plateforme «Mousso» appelle à des Assises nationales

2026-03-09 - 13:17

A l’occasion de la Journée internationale des femmes, la nouvelle plateforme «Mousso» a brisé le silence sur la recrudescence des violences de genre au Sénégal. Entre décompte macabre et espoir d’une réponse institutionnelle, l’enseignante-chercheure Fatoumata Bernadette Sonko plaide pour des actes concrets et une éducation repensée pour mettre fin au fléau des féminicides. Par Justin GOMIS – «Mousso.» Ce vocable mandingue, qui désigne la femme, a servi de bannière au lancement d’une nouvelle plateforme dédiée à l’épanouissement et à la protection des Sénégalaises. A la veille de la Journée internationale des femmes, le collectif a organisé une série de panels pour sortir de l’anonymat et aborder les maux qui minent la condition féminine. «C’est une plateforme qui s’adresse à la vie plurielle des femmes dans tous les domaines. Nous ne formons pas un bloc homogène, mais nous nous battons pour l’égalité des droits et des responsabilités», a expliqué Fatoumata Bernadette Sonko. Santé, société, droit : les rubriques de «Mousso» ont été façonnées pour offrir une information fiable, loin de la désinformation qui nuit gravement au bien-être des femmes. Le spectre des féminicides C’est toutefois sur le terrain des violences que le constat est le plus alarmant. Co-animatrice du panel intitulé «Les violences faites aux femmes, antichambre des féminicides au Sénégal», Mme Sonko a déploré une courbe ascendante des agressions. Rien qu’en 2025, la presse a recensé près de 20 femmes tuées par leurs conjoints. Un chiffre que l’universitaire juge sous-estimé : «On ne parle même pas de celles que l’on n’a pas pu recenser, ou de ces morts passées sous le tapis parce que la définition du féminicide restait floue.» Malgré ce tableau sombre, une lueur d’espoir émane du sommet de l’Etat. La plateforme se réjouit de la reconnaissance institutionnelle du phénomène par le président de la République. «C’est magnifique, cela va atténuer la violence institutionnelle subie par celles qui portent plainte et ne trouvent pas d’écoute», souligne l’enseignante-chercheure. Cependant, l’heure n’est plus aux simples déclarations d’intention : «Les mots et les promesses ne suffisent plus. Il faut des actes.» Vers des «Assises des violences» ? Pour transformer l’essai, Fatoumata Bernadette Sonko préconise un accompagnement renforcé des acteurs de terrain, une formation accrue des services d’accueil et un suivi psychologique pour les familles des victimes, souvent laissées à l’abandon. Elle pointe également du doigt le traitement médiatique actuel, qui cantonne trop souvent ces drames aux rubriques de faits divers. «Le temps des femmes est éphémère. On en parle le temps d’un article, puis c’est le clap de fin. Pire, on tente parfois de trouver des excuses aux auteurs», regrette-t-elle. En guise de solution durable, elle suggère au chef de l’Etat de convoquer des «Assises des violences faites aux femmes», sur le modèle des Assises de la Justice. Elle va même plus loin en proposant une idée audacieuse : «Pourquoi ne pas ériger un ministère des Hommes pour repenser l’éducation des garçons ?» justin@lequotidien.sn

Share this post: